Parce que le monde va rire…

Par Martin Savoie

“Ahhhh, je vais aller faire ça, le monde va aimer ça!”

“Ouain mais fait 3 fois que c’est fait cette saison…”

“Pas grave, c’est drôle, ils vont avoir du fun!”

On a tous déjà vu ou vécu cela, un joueur qui embarque et tombe un peu dans la facilité, va répéter un gag qui a fonctionné par le passé, trouver une façon de ramener un personnage fétiche, le tout, dans le fond, pour avoir une réaction assurée du public. Le public commence à rire, est diverti, le spectacle est sauvé.

En fait, est-il vraiment sauvé? Donner au public ce qu’il veut n’est pas nécessairement lui donner ce qu’il doit avoir, ou même donner au spectacle en cours ce qu’il a besoin.

Et c’est là toute la différence entre être au service du public et être à sa merci.

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Le joueur au service du public, c’est le joueur qui va donner au public ce qu’il veut voir en termes de profondeur, de qualité, de réflexion. C’est le joueur qui va prendre des risques et ainsi créer quelque chose qui fera en sorte que le joueur ne sera pas restreint dans son propre développement et qui va contribuer à éduquer le public sur ce qu’est et peut être l’impro. Le joueur au service du public est guidé par sa propre volonté de vouloir plaire, sans se faire d’idée précise de ce que le public attend de lui.

Le joueur à la merci du public, c’est le joueur qui va donner au public ce qu’il veut voir en termes de contenu spécifique, des choses qui ont fonctionné par le passé et qui auraient plus ou moins leur place dans l’improvisation en cours. Si ces choses ont un effet immédiat, elles ne proposent rien d’autre que ça, du plaisir éphémère qui ne fera pas grandir ni le joueur, ni le public, ni le spectacle. Même s’il a une plus grande facilité à aller chercher l’attention perdue, le joueur à la merci du public devient en quelque sorte prisonnier de sa soi disante volonté, et créera l’illusion de donner au public, et au spectacle, ce qu’il a besoin.

Ce besoin, dans les faits, n’en est pas un. Il s’agit plutôt d’un désir.

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Le besoin, c’est un élément qui est essentiel, tandis que le désir, c’est un complément, mais pas une nécessité. Le complément peut être bénéfique, tout comme il peut s’avérer nuisible. Le joueur a BESOIN de pousser ses limites, mais a le DÉSIR d’une gratification instantanée. Le public a BESOIN d’être diverti, mais a le DÉSIR que ça passe par le rire.

Mélanger les concepts de besoins et de désirs en improvisation fait toute la différence entre être au service du public et être à sa merci. Être à la merci du public peut venir mettre des bâtons dans les roues des joueurs qui sont au service du public et, de façon plus globale, au service du spectacle, le tout pour une réaction instantanée qui semble combler le public.

Semble combler. Parce que lorsque la réaction ne sera plus, il n’en restera qu’un joueur sans nuances, dépendant des moments, plutôt qu’un créateur de ceux-ci…

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