L’impro après l’impro

Par Michel M. Albert

Une de mes choses préférées en impro, c’est en fait ce qui se passe une fois que l’impro, c’est-à-dire, son histoire, est terminée.

Parce que l’histoire ne fini pas nécessairement au sifflet.

Mais je ne parle pas ici d’improvisations qui finissent dans le feu de l’action, bien avant la fin. Je parle plutôt de celles qui semblent être finies quand il reste du temps sur le chronomètre. Qu’est-ce que les joueurs font avec ce temps de trop?

Des fois, rien. Et c’est décevant. Parfois, cependant, les joueurs se forcent et nous amènent ailleurs. Un épilogue? Le début du prochain cycle de l’histoire? Une morale? C’est parfois là qu’on retrouve la véritable magie de l’improvisation, parce que souvent, les histoires que l’ont crée en impro peuvent être prévisibles. Ou du moins, les joueurs savent où ça s’en va (qu’ils l’aient décidé au caucus ou l’aient découvert pendant le jeu). Ils se mettent sur pilote automatique. Ils n’improvisent plus totalement.

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Mais quand cette histoire pré-déterminée se conclue et qu’il reste une pleine minute de jeu – oups! – l’inconfort s’installe, l’adrénaline fait effet, et on peut parler d’une véritable exploration de l’inconnu.

C’est quelque chose que j’adore créer en atelier. En situation de laboratoire, l’absence de sifflets fait parfois les joueurs déclarer l’improvisation finie après s’être rendus à leur but. Mais si elle ne l’était pas? Non, non, continue, je ne t’ai pas dit que c’était fini. Est-ce que les joueurs peuvent, en fin de compte, IMPROVISER?

Je donne un exemple avec l’aimable permission du joueur en question, Pierre Boudreau. Lors d’un atelier où il se voit forcé de jouer une improvisation seul et sans caucus ni temps de réflexion, Pierre joue une homme qui se venge sur la personne qui a causé l’incendie qui a tué sa famille. Il le fait en brûlant la personne au bûcher puis, voyant son but atteint et sa motivation littéralement s’envoler en fumée, il se couche dans le feu lui-même. Bonne scène, et Pierre se lève la tête pour signaler qu’il a fini.

Je le force à continuer. À son crédit, il ne s’obstine pas et tente l’expérience.

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Il se laisse brûler et mime les cendres qu’il devient partir au vent et aller reposer dans une petite pile à l’avant de la scène. Quand la pile est assez haute, il mime une plante qui y pousse, qui devient une fleur. De la mort, la vie. Là on met fin à l’impro et on l’applaudit.

C’est à se demander qu’est- ce qu’il aurait fait si on l’avait forcé à continuer. La plante devient un arbre, qui est utilisée pour faire une maison, qui est incendiée, et le cycle continue? Et était-ce la seule option qu’avait Pierre? Certainement pas. Il aurait pu se lever et jouer le narrateur (ou le fantôme de son personnage) et expliquer l’importance historique ou morale de cet événement. Ou nous faire repenser toute l’impro en révélant qu’il se vengeait sur lui-même et qu’après avoir engueulé et immolé une effigie, il s’est livré au flammes pour vrai. Il aurait même pu rester mort pour une minute (ou plus), et nous faire vivre un silence dramatique écrasant.

Il y a l’histoire qu’on veut raconter, et puis il y a l’histoire qu’on n’a pas le choix de raconter. Et même si la première est intéressante, vous en conviendrez que la seconde possède une énergie, une edginess, qui la rend fascinante. Peut-être vaut-il la peine de ne pas trop prédéterminer son histoire pour laisser ces moments survenir plus souvent devant un public?

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