Corps dans le présent, tête dans l’avenir

Par Michel M. Albert

On dit souvent aux improvisateurs de FAIRE des choses plutôt que de DIRE des choses. Une manifestation de ce problème est celui de l’étiquetage, une mauvaise habitude par laquelle un ou des joueurs verbalisent tout ce qu’ils font, donc disent ET font en même temps, de peur, peut-être, que le public ou les autres joueurs en jeu ne comprennent pas.

C’est un réflexe né de son insécurité, par rapport à la clarté de son geste, qui se traduit en manque de confiance en l’intelligence du public.

Ce n’est tout simplement pas nécessaire de narrer notre action à mesure que nous la faisons ; c’est redondant.

Mais je pense avoir décelé une meilleure raison que la simple esthétique de la chose : Un lien entre les joueurs qui se narrent ainsi et une lacune quant à leurs capacités de construction.

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Vous voyez, le joueur qui se concentre sur son action présente est PRISONNIER du présent. Son focus est à la mauvaise place. En mariant son verbal à son physique, il ne multitâche pas ; il ne fait qu’une chose et oublie une des composantes les plus importantes d’une histoire – qu’est-ce qui se passe APRÈS ?

Le présent, de toute façon, s’occupe de lui-même. On le VIT, on n’a pas besoin d’y penser outre-mesure. Pendant que notre corps joue ce présent, notre tête devrait réserver une bonne portion de sa capacité totale à l’AVENIR. Qu’est-ce qui s’en vient ? Qu’est-ce qui normalement arriverait dans un tel narratif ? Qu’est-ce qui représenterait donc un twist sur la formule ? Comment ce qui s’est déjà passé dans l’impro peut servir de tremplin pour la prochaine idée ? Où l’action de MAINTENANT nous portera TANTÔT ? Et donc, logiquement, qu’est-ce que je fais maintenant pour que tantôt je puisse faire quelque chose d’intéressant ?

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Si on utilise trop de notre capacité cérébrale pour confirmer le présent et qu’on néglige de se projeter dans l’avenir, on risque de faire une improvisation qui ne va nulle part, ou nulle part de très intéressant. Et si en plus on raconte tout ce qu’on fait à mesure que nous le faisons, on ajoute problème (redondance) par-dessus problème (statisme, incohérence narrative).

Le corps est dans le MAINTENANT, il veille à l’exécution de notre imaginaire. Mais notre esprit doit tâcher d’être dans le monde de l’imagination, le NON-MAINTENANT, en train de puiser les éléments qui seront nécessaires au cours de l’improvisation. Et sans que ça ne paraisse, en plus…

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