La responsabilité en impro

Par Frédéric Melanson (en réponse à La limite d’une improvisation par Mathieu Godin)

Dans son article publié le 23 novembre dernier, Mathieu Godin propose une théorie intéressante : un improvisateur a une responsabilité face à son public. Godin suggère que l’on doit s’autocensurer pour assurer que le spectacle soit approprié pour le public devant lequel on joue.

C’est une proposition tout à fait raisonnable et sensée, mais elle a poussé chez moi une réflexion plus profonde. Si l’improvisateur a une responsabilité face au spectateur, le spectateur a-t-il une responsabilité face à l’improvisateur? Le public a-t-il une responsabilité envers lui-même? L’improvisateur, pour sa part, a-t-il aussi une responsabilité envers lui-même?

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Quand on va voir un spectacle improvisé, on doit s’attendre en tant que spectateur à faire face à des sujets avec lesquels nous ne sommes pas d’accord ou qui peuvent même nous rendre mal à l’aise. La même chose pourrait être dite pour n’importe quelle présentation en direct. Le spectateur est responsable de son propre confort émotionnel. Il doit donc décider que s’il n’est pas prêt à voir un spectacle qui parle de sexe, de violence, de drogues, ou d’autres sujets délicats, un spectacle dans un bar (lieu pour les 19 ans et plus), par exemple, n’est pas la meilleure place pour lui. Oui, l’ensemble des organisateurs d’un spectacle se doivent d’être sensibles quand on aborde des sujets tabous, mais le public doit être prêt à n’importe quelle possibilité quand il entre dans un espace de création spontanée.

En plus de sa responsabilité envers le public, l’improvisateur se doit de constamment chercher à se dépasser et approfondir son jeu. Il doit poser des questions et apporter une réflexion chez le spectateur. Quand il apporte un sujet tabou, l’improvisateur doit le faire en sachant que c’est un sujet sensible, et de façon à que cette intervention serve de commentaire sur ce sujet. Une blague vulgaire gratuite devrait être inacceptable pour un improvisateur peu importe son public.

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Godin a mentionné dans son article que l’improvisation est une forme d’art et je suis en accord avec ses propos. Ceci voudrait donc dire que toute personne qui participe à créer un spectacle d’improvisation serait un artiste. En tant qu’artiste nous avons une responsabilité face à la société. Nous devons questionner ce que cette dernière tient à cœur et voir si ça tient la route. Nous devons parler de sujets sensibles. Nous devons porter attention aux choses inexplicables de la vie, aux absurdités de tous les jours, et aux injustices sociales. Nous devons cependant parler à notre public. Une classe de 5ième année ne réagira pas de la même façon à une blague d’égalité des sexes qu’un groupe d’universitaires. Il faut quand même en parler puisque que c’est important même à ce jeune âge, mais l’approche doit être différente.

La responsabilité en impro irait donc au-delà de la simple idée qu’un improvisateur doit respecter son public. Le public doit se respecter lui-même, l’improvisateur doit respecter son art, et tous les deux doivent accepter que nous vivons dans une société où nous feront face à des injustices et des choses troublantes, et que c’est seulement en en parlant et en les mettant au grand jour que nous changerons quelque chose.

Vous voulez écrire un article? Communiquez avec Isabel Goguen à improvisationnb@gmail.com!

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