« Je sais pas », « t’es qui toi » et « qu’est-ce qui se passe ici » – les dangers de l’ignorance (en improvisation)

Par Elyse Hamel

En tant qu’improvisateurs, on fait souvent face à l’inconnu. Bien qu’on ait eu droit à un caucus avant de se lancer dans une improvisation, on ne sait jamais vraiment où l’histoire s’en ira, qui on sera et quel rôle on jouera. Toutefois, ce serait selon moi une erreur de présumer que nos personnages vivent dans le même inconnu.

Malheureusement, on voit souvent des improvisateurs s’appuyer sur l’ignorance comme sur une béquille. On ne sait pas quoi dire, alors on fait semblant que nos personnages ne savent pas quoi dire non plus. On retombe donc sur des expressions comme « Je comprends pas », suivi de « peux-tu m’expliquer ça ? ». Ou encore, on répond « Ben, je sais pas moi » à une question d’un interlocuteur.

13413601_1046835408724256_1724146941479336721_n

A priori, on peut croire que ce genre d’expression peut aider à créer un conflit. Toutefois, je préciserais qu’elles créent un conflit destructif (qui freine l’improvisation), au lieu de créer un conflit productif (qui motive l’improvisation). Car en effet, dans un conflit productif, on retrouve la motivation qu’il donne au personnage (voir la série comment motiver une impro sur ce même blogue). On peut dire qu’il y a un conflit productif quand les personnages ont envie d’accomplir quelque chose. Comprendre « t’es qui toi? », avouons que ce n’est pas une énorme motivation.

En plus d’agir comme force destructrice sur le fond de l’improvisation, l’ignorance vient détonner avec la forme. Bien que ça arrive de ne pas savoir des choses, un personnage qui ne sait pas où il est, qui ne sait pas avec qui il parle, qui ne sait pas ce qu’il veut… est-ce que c’est RÉALISTE? À quelques exceptions près, avouez que dans la vraie vie, les gens savent habituellement comprendre les situations dans lesquelles ils se trouvent. Oui, ça arrive de rencontrer des gens qu’on ne connaît pas… Mais pour raconter une histoire, c’est pas mal moins intéressant (voir l’article Deux étrangers dans la nuit).

13015460_1009185475822583_8284615632668936289_n

Évidemment, il existe des exceptions. On peut sans doute imaginer des impros très drôles qui découlent de l’incompréhension des personnages d’une situation. Mais il ne faut pas que TOUS nos personnages soient confus. Imaginez un match où l’ensemble des improvisations sont passées à expliquer la situation qu’on est en train de vivre à des personnages : ennuyant n’est-ce pas?

En d’autres mots, même si nous, on ne comprend pas, notre personnage, lui, comprend. Il sait où il est et qui il est. Donnez à votre cerveau la chance de le rattraper avant de briser l’illusion pour le public. Les choses se révéleront petit à petit à mesure que l’impro avance.

C’est comme n’importe quoi dans cette discipline qu’on aime tant : c’est une question de doser. Et de se demander, avant de parler, est-ce que ça sert vraiment l’histoire d’avoir un personnage ignorant, ou est-ce que ça ne va pas la freiner inutilement ?

Vous voulez écrire un article? Communiquez avec Isabel Goguen à improvisationnb@gmail.com!

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s