Une conversation à propos de la compétition

Entre Michel Albert, Bass Levesque, Dédé Paulin, Yves Doucet, Christian Chouinard, John Boucher, et Johnny « T-Bone » Thibodeau, issue d’un Conseil du jour envoyé au membres de la communauté d’improvisation circa 1999

MICHEL : Au sifflet, si tu crois qu’il est impossible pour toi de battre le joueur l’autre bord de l’arène, l’impro est déjà perdue.

13886864_1083741171700346_807154722050310872_n

BASS : Voici ma « take » là-dessus. Premièrement, l’idée du match d’impro totalement non-compétitif, dans les fleurs et les papillons est totalement absurde. Et voici pourquoi :

J’ai toujours été un joueur non-rude. Et jusqu’à l’an dernier (inclusivement), je n’étais pas vu comme un joueur compétitif. Et pourtant, je pense que j’ai démontré que je pouvais être très compétitif sans briser les impros. Le problème n’est pas dans la compétition, mais chez les gens qui compétitionnent. J’explique.

Il y a beaucoup de compétition dans les matchs d’impro. Il y a la compétition de « imposer son idée de caucus », avoir le bon personnage et de, que vous l’admettiez ou non, « puncher ». Cette compétition-là, elle est O.K. Elle force les joueurs à se dépasser et aiguise leur esprit.

La seule mauvaise compétition est celle qui BRISE LE SHOW. Quand des improvisateurs ne se regardent pas pendant une sans parole mixte… il y a un problème. Quand un improvisateur qui n’a pas imposé son idée de caucus, ne veux pas suivre… C’EST MAUVAIS!!!

13891912_1083792441695219_2283904464196277795_n

Alors, il est O.K. de vouloir battre l’autre en utilisant les armes qui sont imposées par le jeu (présence d’esprit, personnages, caucus, etc.). Mais il n’est PAS O.K. de briser le show parce que le pauvre petit improvisateur n’est pas prêt et n’a pas pu initier quoi que ce soit parce qu’il veut pas être rude. Dans une impro de 2 minutes, 20 secondes où les joueurs se regardent, c’est trop long et très peu intéressant.

La règle d’or: Tout est pour le show. La seule chose qui appartient a l’improvisateur est la satisfaction d’un bon show.

YVES : Ayoye! Un conseil du jour qui encourage la compétition… pas sûr que j’aime ça! Toute cette idée de « battre le joueur l’autre bord de l’arène », ça m’écœure un peu. Me semble que les meilleures impros sont celles où on ne distingue plus les couleurs des chandails tellement la complicité est présente. Quand l’esprit compétitif domine l’esprit coopératif et constructif, les murs deviennent évidents, tant aux yeux des spectateurs que des autres joueurs. Et la rudesse engendre la rudesse (je le sais, compétition ne veut pas NÉCESSAIREMENT dire rudesse, mais c’est TRÈS souvent du pareil au même, en impro). Le summum de la compétition, c’est quand les joueurs d’une même équipe se coupent les jambes entre eux, en comparée.

DÉDÉ : Michel vient de se faire planter!!! Ha! Ha! Ha!

13886330_1083791678361962_4297913063818781576_n

MIKE : Tu me mécomprends, Yves. Je ne parle pas ici d’agressivité, mais bien de CONFIANCE. La compétition dans notre jeu existe, comme Bass le souligne, pour nous pousser à donner le meilleur spectacle possible. Un joueur qui se limite en disant « je ne peux jamais gagner contre untel » (et je connais de très bons joueurs qui se mettent des idées de même dans la tête) ne donne pas son 100% dans une impro avec ledit joueur. Le public veut voir un match de champions, pas une star et quelqu’un qui joue la moquette à côté.

Oui, j’utilise le mot « battre », mais c’est la terminologie du jeu, comme « glace » quand dans le fond, c’est rarement glissant.

YVES : Sauf que, pour vraiment régler le problème de confiance (et je suis entièrement d’accord avec toi sur l’importance de régler ce fléau), le joueur ne devrait pas se dire « je peux battre ce joueur-là », mais plutôt « je suis bon assez pour faire de l’impro, pis cette fois-ci, je donne tout ce que j’ai ». L’idée n’est pas de battre l’adversaire, mais de se battre soi-même. En tant que spectateur, juge, etc, je ne tiens pas à voir un joueur en dépasser un autre – je veux voir un joueur se dépasser lui-même!

13921093_1083792598361870_147932521781862637_n

CHOUINE : Euh, moi je pense que je vais prendre la part de Mike là dessus… Là, y’a encore du monde qui voient l’impro comme quelque chose de sain et pur qui se trouve au-delà de la compétition… Et à cela je dirais : Ben voyons donc !!! Une saine compétition ne fait pas de mal, au contraire !!! Et c’est dans l’esprit d’une saine compétition que Mike a donné son conseil… Le truc, c’est de croire en son talent d’improvisateur et de ne pas se laisser intimider par la personne avec qui on va jouer. Je suis très bien placé pour en parler d’ailleurs, puisque pendant deux ans je souffrais de ce mal… à chaque fois que j’entrais avec Rej Claveau, je me disais qu’il allait gagner de toute façon… et cela paraissant dans mon jeu avec lui puisque normalement j’étais fort pour prendre le moteur d’une impro mais avec lui, je me laissais faire complètement… Pourtant, je n’avais rien à lui envier; c’était purement psychologique… C’est seulement dans ma dernière année à Moncton que j’ai décider de jouer autrement et cela a paru… Tout ça pour dire que le fait de se rappeler qu’on peut « battre » n’importe qui n’augmente pas la rudesse, mais plutôt l’estime de soi en impro… et l’estime de soi et de son jeu est, selon moi, la chose la plus importante chez un bon improvisateur.

JOHN : Je crois qu’un joueur qui se perçoit comme étant inférieur et/ou vaincu (dépendant de si tu es de la philosophie compétition ou celle de jouer ensemble) face à son adversaire nuit plus au spectacle, car il ne se met pas dans une position pour faire avancer une impro ou pour la rendre divertissante. Perdre une bonne impro où tu as « feedé » ton rival tout le long pour faire un bon show es plus mémorable (et meilleur pour l’égo) que de gaspiller 3-4 minutes du temps précieux de tous. Lorsque tu t’avoues inférieur/vaincu dans l’arène, tu ne fais que rappeler à la foule de ne pas voter pour, tu ne la divertie pas.

TBONE : Peut-être que vous pourriez faire avec l’opinion d’un joueur qui n’a réellement pas de confiance – moi? Personnellement, je ne pense pas que le problème est de ne pas pouvoir « battre » la star ou n’importe quel autre joueur que l’on « affronte »(je n’aime pas ce terme). Le problème souvent lié au manque  d’expérience est surtout l’incertitude plutôt qu’au manque de confiance.

On se mesure continuellement aux autres joueurs sur la base de ce que l’on pense être capable de faire comparablement aux autres. Mais on oublie de comprendre que chaque impro peut se passer d’une manière ou d’une autre.  Tu peux aller te faire botter le cul « contre » quelqu’un, aller de nouveau contre la même personne et gagner l’impro. Tu peux faire une bonne impro et quand même la perdre, pis pour un joueur qui a de la difficulté, faut en être fier.

13932876_1083790655028731_1618287330152064803_n

On ne peut pas juger une impro qu’on a jouée par si on la gagne ou la perd. C’est une des erreurs que les joueurs en manquent de confiance font trop souvent, et même les stars aussi.

MIKE : T’as vraiment raison là-dessus, Johnny. Après chaque match, quand je révise les impros dans ma tête, ça arrive très souvent que les meilleures que j’aie faites soient des impros que j’ai perdues. Qu’est-ce que ça veut dire? Que le public a juste pas pogné? Que mon humour est à côté de la track? Que l’autre joueur a mieux fait? Tout ça me reste indifférent parce que MOI j’étais satisfait de ce que j’ai pu faire dans l’impro. Que ce soit réussir dans une catégorie où je me sent plus faible (les mimées mettons), construire une histoire que je n’ai jamais vu avant (pis j’en ai vu des impros!) ou éviter la confusion si facile à provoquer dans mon équipe (love you guys!), faut que je sois satisfait. Gagner, c’est secondaire. Et même si on utilise ça comme marque du succès, on se souvient peut-être plus d’un match gagné, pas d’une seule impro gagnée. Un match est construit de plus qu’une impro. Pis même là…

Vous voulez écrire un article? Communiquez avec Isabel Goguen à improvisationnb@gmail.com!

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s