Idées sans conflits

Par Michel M. Albert

J’ai déjà écrit une série d’articles sur comment motiver une improvisation (motivations, rudesse versus statisme, se questionner), mais dans la plupart, on parlait de faire avancer une impro en cours. Cette fois, j’aimerais parler de l’impro qui ne peut pas avancer dès son départ.

En regardant l’amorce d’une impro, parfois, on peut tout de suite dire que ça n’ira nulle part et qu’au mieux, quelqu’un devra embarquer comme troisième joueur pour injecter quelque chose qui pousse les autres à l’action, mais probablement pas avant que les deux équipes ne s’aient ramassé une punition de statisme.

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C’est parce qu’on oublie que bien que les deux joueurs en jeu sont les « moteurs » de l’impro, elle a un autre moteur : L’idée qui est à sa base. Des fois je regarde ce que les joueurs amènent avec eux dans l’arène en début d’impro, et je me demande comment ils ont pu croire que cette idée allait nourrir une impro de 3 minutes.

Inventons un exemple : L’impro a pour thème « Le fruit ». Les joueurs entrent et la première ligne est « Hey regarde, cet arbre a un fruit que j’ai jamais vu », et là ils procèdent à gouter le fruit, parler du fruit… Comme public, je viens de perdre intérêt. Oui, peut-être qu’ils peuvent le ravoir. Le fruit pourrait avoir des effets intéressants sur les personnages, ou partir une guerre de jalousie entre eux. La Bible commence plus ou moins avec ce scénario. MAIS est-ce qu’il y a, à la base, un conflit dans cette idée ? Et si oui, pourquoi ne pas avoir venu au but plus rapidement.

Si l’impro devient statique, souvent, c’est parce que les joueurs n’ont pas inclus de conflit (avec soi, avec l’autre, avec l’environnement) dans leur déclaration d’une idée, soit au caucus, soit dans l’amorce de l’impro elle-même. Au caucus, si on a décidé que c’est à propos « d’un fruit qu’on a jamais vu avant », il manque une composante. « Un nouveau fruit qui part une guerre entre deux agriculteurs jaloux », ah là, on a une direction dans laquelle aller.

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On évitera donc des improvisations où on ne fait que parler du thème (ce qui inclue ces saudites publicités de style « informercial »), ou alors où on regarde quelque chose d’invisible (pensez à ces improvisations de galerie d’art avec des personnages pensifs qui fixent le vide). Ce sont des impros sans conflit central et souvent, sans actions.

Évidemment, ce n’est pas un conseil qui s’applique à toutes les impros. Il est possible de dresser un portrait sans inclure un récit. Il est possible de parler de quelque chose et de quand même garder l’intérêt du public. De rendre l’invisible captivant. Mais dans ces cas, ce jeu de style fait partie de l’idée. Quand on n’est pas certain où on s’enligne (la plupart des mixtes), il est important de garder le conflit en tête et de s’assurer qu’il fait partie de la prémisse de notre impro. Un verbe actif lancé au caucus fera toute la différence.

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Une réflexion sur “Idées sans conflits

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