Les deux sortes d’exagération

Par Michel M. Albert

En impro, il est usuel d’exagérer les personnages, leurs réactions, et les situations dans lesquelles ils se retrouvent pour produire un effet comique. Cette exagération peut aller dans deux sens, chacune comportant ses plaisirs et ses problèmes.

L’hyperbole
C’est l’exagération classique. Tout est GROS et DÉMESURÉ. Les personnages sont TROP compétents ou TROP stupides. Ce qui crée l’effet comique, c’est de voir une vérité de la vie amplifiée au point où elle devient ridicule.

L’hyperbole, on la retrouve souvent dans notre parlé courant : « mourir de faim », « d’une beauté aveuglante », « avoir une tonne de paperasse à faire », etc. En impro, on utilisera de telles expressions au sens littéral, et cette tonne de paperasse, par exemple, remplira une pièce, écrasera un bureau, et prendra toute une vie à compléter, le bureaucrate sortant enfin de son expérience avec une longue barbe et de l’arthrite. Dans la vie, on sait que le poids de cette paperasse ne peut pas être autant, mais en impro, on se limite rarement à une logique aussi stricte.

12987085_1009187015822429_5457120572731839842_nLa tapinose (ou hyperbole contraire)
Vous reconnaitrez cette figure de style en impro : C’est quand les personnages ont une SOUS-réaction à ce qui se passe autour d’eux. Ils prennent tous les événements étonnants comme s’ils étaient routiniers, ne vivent aucun traumatisme, et sont même lassés de ceux-ci. C’est aussi d’un ridicule, mais dans le sens où tout est PETIT et ORDINAIRE quand, dans la vie, c’est tout le contraire.

On parlera donc de tapinose quand, par exemple, les personnages écraseront leur voiture dans un arbitre avec un petit « paf » (bien que le véhicule soit complètement détruit), en sortiront comme si de rien n’était, parleront calmement des bras qu’ils ont perdus, et se rendront à l’hôpital plus contrariés que blessés.

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Et le juste milieu, lui ?
Dans les deux cas, on ira chercher des rires, ou du moins, un effet absurde qui créera un environnement intéressant pour l’improvisation en cours. Cependant, les deux figures de style ne doivent pas détonner du ton établi dans l’impro. Une hyperbole soudaine au milieu d’une dramatique peut ruiner le tout. Un joueur qui fait de la tapinose dans une impro peut, en fait, réduire son impact et amener au statisme (trop souvent, les joueurs sous-réagissent à des événements au point où on questionne leur écoute et leur capacité d’assumer ce qui est établi). Il faut donc doser.

L’exagération (des deux types) est un procédé d’abord humoristique, et certainement un outil à exploiter dans la catégorie de ce nom. Dans la libre, elle est utile aussi, mais on se privera de l’utiliser à tout coup pour éviter de créer un spectacle homogène qui plafonne (hyperbole), ou alors où rien n’est important (tapinose). Des fois, les personnages et situations méritent qu’on réagisse NORMALEMENT, question de créer des contrastes intéressants à l’intérieur d’un match, et de ne pas distraire d’autres éléments plus importants à des impros particulières, que ce soit une atmosphère, une structure, l’histoire elle-même, etc.

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