La « curveball », ce concept vide…

Par Martin “Dactylo” Savoie

Il m’est arrivé à quelques reprises d’aller voir des spectacles d’improvisation, d’être assis dans le public, d’apprécier le spectacle en cours et de me laisser emporter dans les revirements de situation qui viennent créer quelque chose de plus incroyable encore. Puis, derrière moi, j’entends cette phrase fatidique qui le fait un peu grincer des dents :

« Wow, méchante curveball qu’il lui envoie ! »

Euh… quoi ?

13015692_1009186885822442_587344989059420279_n

Dans n’importe quel contexte, une « curveball », c’est un élément qui menace de mener une idée, un projet, dans une direction autre que celle qui est préalablement établie. Ce concept, selon moi, ne peut PAS être intégré à l’improvisation et ce, pour plusieurs raisons.

Mon principal problème avec ce concept, c’est qu’il vient dénaturer la base de l’improvisation telle qu’on la connaît. L’impro, c’est un peu de ça, une suite d’éléments inattendus des joueurs qui se chevauchent pour créer un tout. On peut presque dire dans cette optique que l’impro, c’est une série de curveballs. Donc, ce terme emmène quoi au jeu, autre que de tenter de définir à quel point on ne s’attend pas à un certain élément ?

Ce qui est réellement établi dans une improvisation, c’est ce que l’on a construit. Ce que l’on veut construire est encore dans un certain néant créatif d’où il peut sortir sous n’importe quelle forme. Ladite curveball, dans cette optique, ne sert qu’à dire qu’un joueur vient de brouiller les cartes et proposer une autre direction que celle que l’on veut donner à l’histoire en cours, ou à laquelle on s’attend. Que celui qui fait la curveball n’est en fait qu’un élément destructeur à l’improvisation…

13062259_1011278758946588_5921533537181670425_n

Et pourtant, c’est tout le contraire ! Les éléments apportés à l’improvisation inspirent le joueur à CRÉER autour de cet univers et d’ajouter sa propre parcelle d’imagination à l’œuvre collective en construction. En traitant sa contribution de curveball, on refuse les éléments externes, alors qu’il faut plutôt les accepter et leur faire donner un sens dans le tout que forme l’impro en cours.

Lorsque l’on parle de curveball, on vient donner une connotation négative à l’élément de surprise. Alors que pourtant, la surprise contribue au défi que les joueurs doivent surmonter et, de plus, vient donner un élément captivant pour le public. Si celui-ci peut dire d’entrée de jeu ce que sera le début, le milieu et la fin de l’impro, on le prive, dans une certaine mesure, d’une partie considérable de l’élément de divertissement relié à l’improvisation.

Dans le fond, ce que j’essaie de dire, c’est qu’il faut accepter l’inattendu et arrêter de vouloir donner une étiquette à tout ce qu’un joueur ou membre du public reçoit comme information qui « déroge » de l’idée de base. Pourtant, c’est cette contribution collective qui fait la beauté de l’improvisation. Acceptons les éléments, mettons-les ensemble et soyons fiers du résultat final et de ce qu’on a pu accomplir dans ce choc des imaginations !

Vous voulez écrire un article? Communiquez avec Isabel Goguen à improvisationnb@gmail.com!

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s