Chercher la gloire à travers l’impro

Une discussion entre Bass Levesque et Michel Albert

Bass :
Il y a quelque chose que j’aimerais brasser un peu pour ceux et celles qui s’enfleraient la tête avec leurs succès en improvisation.

Comment quelqu’un peut-il se sentir glorifié avec de l’impro au Nouveau-Brunswick? Non, mais soyons réalistes!

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L’impro-match n’est pas encore tout à fait respectée par les gens du milieu artistique au Nouveau-Brunswick. Je l’ai subi pendant mon bacc où j’ai passé des années à me battre pour sa valeur et prendre des baisses de notes pour mon opinion. Des professeurs m’ont dit que je ne serai jamais pris au sérieux comme comédien si je restais dans la Licum. Ces personnes n’étaient pas seulement mes profs, mais des membres de la communauté artistique du N.-B. C’est une petite communauté (comme l’impro) et, comme vous le savez, une petite communauté ça parle beaucoup. Donc pour être pris au sérieux, les

improvisateurs doivent toujours se prouver. Se prouver pour être égaux… pas pour être meilleurs!

En plus, il y a tout au plus une quarantaine de personnes dans une ligue d’impro. C’est glorifiant en maudit 40 personnes! Elle est où la gloire? Il n’y en a pas! On est tous chums. Être glorifié par des chums, c’est juste être cool. Dans la vraie vie, c’est un bon feeling, mais ça n’a pas de valeur pratique. Il y a personne qui est devenu président de compagnie en étant cool. Regardez Bill Gates.

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C’est quoi que ça apporte de l’impro dans la vie?

Ça apporte la capacité de s’organiser dans des conditions bizarres ou difficiles. Ça fait penser à plusieurs options à la fois pour trouver une solution rapide sous pression. L’impro a beaucoup d’utilités pratiques dans la vie… mais elle n’offre pas de glorification.

Je ne sais plus c’est qui qui m’avait dit que des gens comme Robert Gauvin, Luc Leblanc, Christian Essiambre et a un plus bas niveau quelqu’un comme moi, utilisaient l’impro comme un tremplin pour nos carrières. Mais cette personne est DANS LE CHAMP!!!

L’impro nous donne seulement une chose… Plus de temps de glace! Chaque occasion d’impro fait que nous sommes plus souvent devant un public que les artistes qui n’en font pas. Mais ça peut être très mal vu dans le milieu. L’impro fait des comédiens et des communicateurs qui savent lire un public… mais qui ne sont pas pris au sérieux.

Michel :
Tu fais des bons points à propos de l’importance de l’impro au Nouveau-Brunswick, surtout dans le schisme art dramatique/Impro. C’est vrai que ce milieu ne vous prend pas toujours au sérieux, etc. C’est aussi vrai qu’ailleurs (comme au Québec), il n’y a pas nécessairement de stigma attaché au joueur d’impro. D’ailleurs la LNI est peuplée de comédiens solides.

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Donc, « tremplin », dans le sens direct, ce ne l’est pas. Dans un autre sens, ce l’est. Tu dis toi-même que le temps de scène est important. On m’a toujours dit (parce que c’est vrai) que si tu voulais devenir écrivain, fallait que t’écrives (je m’enligne par là). Pas de différence si c’est bon ou non. Plus t’écris, plus tu comprends l’écriture et plus t’es proche d’être un écrivain. C’est quelque chose que l’impro nous donne aussi; c’est de l’écriture « automatique ».

Même chose pour le théâtre. Plus t’es sur scène, mieux c’est. Si des profs de la « vieille école » ne pouvaient pas voir ça, ce sont eux qui étaient bornés. Luc Leblanc, Robert Gauvin et Eric Butler pognent encore des rôles même s’ils ont été improvisateurs. C’est parce qu’ils sont assez bons. À la fin, c’est tout ce qui compte.

En ce qui est de ne pas avoir de gloire grâce à l’impro, là je ne suis pas d’accord. La gloire c’est bien relatif. Nos ligues d’impro ne nous offrent peut-être pas de gloire à l’échelle internationale, mais se faire reconnaître sur un campus, se faire approcher par des étrangers qu’on a fait rire, c’est de la Gloire. Elle veut dire absolument rien quand on sort du milieu, mais elle peut sembler très tangible. Même à l’échelle provinciale, les vétérans sont connus des jeunes. Ce n’est pas tout le monde, mais c’est de la « gloire ».

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Quand quelqu’un dit qu’il admire un joueur d’impro, qu’il veut jouer comme lui ou elle, bam! On parle de gloire. Pis pour du monde, c’est assez pour s’enfler la tête, c’est assez pour se sentir glorifié.

Quand on dit qu’il y a des joueurs/officiels qui cherchent la gloire, y’en a. Pas une grosse gloire Hollywoodienne, mais une belle petite gloire qui fera parler les voisins.

C’est aussi dangereux que de la « vraie ».

Parce que t’as absolument raison : Ce n’est pas une bonne raison pour faire de l’impro. Ça ne devrait pas être le but. C’est une attitude qui livre souvent de la mauvaise impro. On devrait plutôt viser à se livrer complètement au spectacle, à se fondre à notre équipe.

Mais je peux voir comment nos improvisateurs ambitieux pourraient confondre les choses…

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Les deux :
C’est une discussion que nous avons eue en 1999, mais qui nous semblait encore pertinente aujourd’hui avec quelques petites mises à jour. Nous sommes tous les deux d’accord qu’aujourd’hui, nous sommes tous les deux moins « dans ta face » sur le sujet, et certainement, l’improvisation a gagné du respect depuis ce temps-là, du moins dans la communauté plus large. Mais est-ce que c’est quand même un domaine où on peut aller chercher une certaine gloire ?

Qu’est-ce que vous en pensez, chers lecteurs?

Vous voulez écrire un article? Communiquez avec Isabel Goguen à improvisationnb@gmail.com!

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Une réflexion sur “Chercher la gloire à travers l’impro

  1. En 1999, j’avais tout de même raison sur un point. Mes profs d’art dram avaient raison que je ne serai jamais pris au sérieux comme comédien.

    Hehehe

    Ceci étant dit. En ’99, j’avais une rage interne qui existe chez chaque jeune personne en quête de réponse aux grandes questions. Qui suis-je? Que serais-je? Maintenant, plus de 15 ans plus tard, je me dirait de slacker un peu pis respirer.

    Maintenant, ayant des cheveux blancs, mais étant toujours amoureux de l’improvisation, non seulement pour le spectacle cru qu’il propose, mais aussi pour son énergie et sa naiveté. J’aime plus l’impro pour ce que ca veut être que pour ce que c’est. D’où mon appréciation de l’exploration, que ce soit l’exploration des habiletés humoristiques comme avec le S.I.M ou avec l’exploration de la forme longue complexe avec Les Impromptus (pas les champions du Zebre… mais le style exploratoire), l’impro a une grande qualité… Chercher toujours a être plus que l’on s’attends.

    Quand je réfléchis à « la glorification », maintenant je sais qu’elle n’a rien a voir avec la personne qui agit, mais bien la personne qui consomme. Un peu comme être cool. Malgré ce que tout les gens qui essayent d’être « cool » font… ÊTRE cool n’est pas un choix. C’est un titre qui est donné à quelqu’un qui représente un idéal dans ce qu’il fait. On ne peut pas choisir d’être cool… On peut choisir d’être ce que l’on est… et les autres décident que l’on est cool. Longue explication pour simplement dire que la glorification fonctionne de la même manière.

    J’suis vieux… je parles longtemps… Il y a un but dans mon commentaire… je crois.

    Étant donné l’amour et le respect que j’ai pour cet art, que j’ai exploré sous plein de formes, je n’aime pas croire que quelqu’un pourrait en abuser et l’utiliser pour autre chose que la glorifier elle.

    Tout les moments où je fais de l’impro sont des moments où je suis heureux. Je ne peux pas dire ceci de tout les activités humaines auquel je fais parti. Pour moi, impro = bonheur. Je crois que l’on peut le voir beaucoup plus dans mon jeu maintenant, que ce soit dans l’occasionnel match ou plus régulièrement dans le SIM.

    Pour citer deux personnes que je tiens en très haut estime. Le premier est le meilleur coach d’impro que j’ai connu, et j’en ai connu des incroyables. Je citerai Robert Gauvin en disant « Si tu fais de l’impro pour toi tout seul, ta gloire personnelle, tu fais ca pour les mauvaises raisons. (et j’ajoute) Tu laisse tout ca sur la glace. Faut toujours recommencer a zero ». Je crois profondément que c’est une grande vérité de notre sport.

    La deuxième personne est Tony Bennet. Le crooner américain qui a chanté pendant près de 60 années et qui n’arrêtera jamais de chanter et de performer. « You’ve got to do it with love. You have to do everything with love. If it’s not done with love, it’s done for nothing… » Ca sonne comme du hippy crap… mais ce n’est pas, c’est aussi une grande vérité.

    Pour finir mon « old man rambling on », voici ma pensée finale. L’impro te donnera juste quelque chose si tu l’aime et la respecte vraiment. Ce que tu lui donne véritablement, elle te rends. Si c’est de la gloire, bravo… c’est parce que tu l’a glorifié.

    now…

    GET OFF MY LAWN!!!

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