24 heures d’impro

Par Martin Savoie

On remarque souvent que certains improvisateurs parlent des moments d’improvisation avec un sens de nostalgie. Que c’est un peu comme si deux vétérans ayant été dans les tranchées ensemble se retrouvaient et parlaient de leurs souvenirs de régiment. Pour moi, cette bataille, ce moment où l’on peut dire « ON L’A FAIT! », c’est lorsque je pense au 24H d’improvisation de Shippagan.

Pour faire une brève historique, le tournoi avait été créé en 2008 dans le cadre du cours de leadership de l’École Marie-Esther par la capitaine de l’équipe d’impro de l’époque, Katia Djaoued. Il s’agissait en fait d’un tournoi qui se déroulait dans l’espace de 24 heures avec des matches à partir de 18h le vendredi… jusqu’à 18h le samedi.

Sur papier, c’est bizarre, mais réalisable. En réalité… C’est pas mal la même chose. Je donne tout le crédit qui lui est dû à l’organisatrice pour être allée au bout de son concept et avoir ainsi créé un tournoi qui a marqué l’imaginaire de ses participants et ce, de plusieurs façons.

24h-1

Le concept des équipes était de mélanger les gens ensemble une fois au tournoi. Vous avez bien compris, on s’inscrivait individuellement et on était divisés en équipes une fois sur place. Le concept comme tel était intéressant, mais était à la fois aidé et mis au défi de par le fait qu’on jouait souvent avec des gens d’autre équipes avec lesquelles, si l’on était chanceux, on avait joué 2 ou 3 impros lors des tournois régionaux ou à la Gougoune Dorée.

Puisque tu allais seul, la préparation pour ce tournoi se résumait à une chose : plusieurs boissons énergisantes du dépanneur du coin. Cette préparation était accompagnée du regard louche de la caissière qui s’était clairement fait raconter par sa voisine les reportages sur les méfaits de ces « jus de crises cardiaques ». Pas un fan de ce breuvage, j’en ai bu beaucoup plus lors du 24H que je ne l’ai fait toute ma vie depuis. D’ailleurs, ça me permet de recommander par expérience personnelle d’éviter ce genre de boisson pendant un tournoi. Oui, ça va te donner un « boost » pour un match, mais la baisse d’énergie massive tout de suite après est vraiment déplaisante, surtout si t’as un autre match à jouer. Et là, t’en prends une autre, puis t’es vidé après, puis t’en prends une autre… Bon, on comprend bien le principe du cercle vicieux.

On nous avait installé des matelas dans le gymnase au cas où l’on aurait voulu dormir. Je dis bien AU CAS parce que certaines personnes avaient décidé de rester éveillé tout le long du 24H. À un certain point, tu atteints un niveau de fatigue tellement élevé que tu ne ressens même plus la fatigue elle-même, ce qui est ma foi assez déplaisant et, à la limite, dangereux quand tu y penses, surtout qu’un éveil prolongé peut affaiblir les facultés d’une personne autant que certaines autres substances, pour le dire comme ça.

11800380_862251867182612_681680842877498491_n

Par contre, une chose sur laquelle personne ne pouvait se plaindre lors de ce tournoi, c’était la nourriture. On avait pas mal de bouffe qu’on se préparait nous-mêmes dans la classe d’alimentation et nutrition (aussi surnommé « classe de popotte » à l’époque). Le fait que des bénévoles tombaient endormis faisait en sorte qu’on pouvait se faire une « soupe populaire » où tout le monde contribuait à sa façon au prochain repas qu’on allait manger. Le résultat n’était pas parfait, mais c’était une façon de pouvoir créer des liens hors de l’arène et, dans une certaine mesure, devoir mettre cette capacité à créer des liens rapidement à l’épreuve dans un but commun, c’est-à-dire ne pas finir le ventre vide!

Côté impro, c’est certain que tous les joueurs avaient un moment de mort cérébrale à un certain point. Dans bien des cas, un excellent match au 24H aurait été une performance moyenne dans d’autres circonstances. Mais quand même, certains moments forts en sont sortis, comme par exemple une improvisation dramatique d’un homme magasinant une bague de fiançailles pour sa copine qui a prouvé à tout le monde dans la salle qu’une dramatique n’a pas à être triste.

Ce tournoi, c’en est un qui a été exigeant au niveau physique et mental et qui a mis à rude épreuve plusieurs qualités acquises par les joueurs à travers l’improvisation. Mais malgré tout cela, il n’en demeure pas moins que c’est un tournoi qui avait permis à plusieurs d’apprendre et de donner tout ce qu’ils ont dans un contexte très intense. Aujourd’hui, je ne suis pas certain que je tenterais ma chance une autre fois, mais je n’ai pas de regrets à l’avoir fait et je suis convaincu que c’est aussi le cas pour bien des participants.

Et ça c’est MON histoire de guerre.

Vous voulez écrire un article? Communiquez avec Isabel Goguen à improvisationnb@gmail.com!

Advertisements

Une réflexion sur “24 heures d’impro

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s