Moments Impromptus : Le pouvoir du rire

Par Michel M. Albert

Un moment impromptu, c’est un moment où l’impro transcende les joueurs, où ce qu’ils font, souvent sans savoir pourquoi ils le font, génère un deuxième ou troisième niveau. C’est un cadeau des dieux de l’impro, quelque chose qui rend notre impro mémorable et hautement analysable.

Et des fois, les moments les plus simples sont parmi les plus révélateurs. Prenons un exemple du match-étoile du Tournoi de qualification 2016 : « Le lendemain de la joke », une impro (comparée) où Justin Guitard n’a fait que rire et rire et rire, une impro très simple que ceux et celles qui l’ont vu appellent tout de même une des improvisations les plus drôles des derniers temps.

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Le contenu est pourtant minimaliste.

Le caucus aurait voulu qu’éventuellement un autre joueur entre pour demander ce que Justin avait. Il aurait répondu la dernière ligne d’une farce plate, et le joueur lui aurait répondu « mais je te l’ai conté hier, celle-là ». Bim ! Respect du thème.

Mais on ne s’est pas rendu là. On a laissé Justin rire et rire et rire. Et rire. Et quand on pensait qu’il ne lui restait plus de souffle, il fallait qu’il s’en trouve d’autre et qu’il s’y relance.

Juste un gars qui rit pour 3 minutes, donc.

Dans l’absence de ce qu’on appellerait normalement du CONTENU, qu’est-ce qui rend c’est improvisation où rien ne se passe vraiment si particulière.

Ben vous avez lu le titre, c’est le pouvoir du rire. C’est infectieux, à prime abord, donc après un certain temps, on rit parce que les autres (ou ici, UN autre) le fait. Bien que l’impro-match soit un spectacle de variété qui en montre de toutes les couleurs, les gens s’y rendent surtout pour rire. Ils sont prêts à ça. Ils ne cherchent que la plus mince des raisons pour s’esclaffer.

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C’est une peu la raison pourquoi il ne vaut rien de forcer la note pour faire rire en impro. L’absurdité d’un spectacle où des joueurs habillés en hockey font des scènes de théâtre instantané sans décor, costumes, ou préparation, est assez pour faire les membres du public ricaner même dans les dramatiques.

L’impro de Justin est une représentation vivante d’une vérité improvisationnelle : La complicité entre joueurs et public. L’idée que le spectateur garde son esprit ouvert aux propositions du joueur, qu’il comprend le défi que le joueur s’est donné, et qu’il est prêt à voir le résultat d’un bon œil.

Ben oui, un des grands secrets de l’impro, c’est que le public VEUT aimer ça. Après tout, il vote pour une équipe, chaque fois ; c’est n’est pas un « oui » ou un « non ». Et peut-être que l’impro ne serait possible sans cette attitude. On ne se lancerait pas dans le vide aussi librement avec un public antagoniste. L’improvisateur est là pour le public, oui, mais l’inverse est tout aussi vrai ; le public est là pour l’improvisateur. Là pour faire partie de cette expérience qui ne répétera jamais. Là pour se laisser chatouiller. Là pour partager un rire.

Si le rire est infectieux, c’est une infection qu’on VEUT contracter !

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3 réflexions sur “Moments Impromptus : Le pouvoir du rire

  1. J’aime toujours lire ses articles ci. Je pense vraiment souvent à l’impro de genre une demi heure au match étoile de la gougoune à Dalhousie (Tant de chaises!!!!). C’était probablement une des meilleures choses que j’ai vu de ma vie, et de lire l’analyse qui l’a suivis m’a vraiment ouvert les yeux aux fait que si on fais attention, l’impro peu vraiment devenir quelque chose de complexe et incroyable, aussi ridicule que sa peu sembler.

  2. Merci pour les commentaires sur la fameuse improvisation des chaises, une de mes favorites en carrière certainement car elle contenait deux éléments que j’adore : le jeu physique (burlesque) et l’absurde.

    Pour cette improvisation, elle était aussi très physique et m’a vidé pour quelques improvisation par la suite, je ne pensais pas que cela aurait été aussi difficile de rire avec autant d’intensité, mais, en improvisateur orgueilleux, j’ai bien sur continué même si je n’avais plus de souffle et que je souffrais horriblement.

    Michel a raison quand il dit qu’on se nourrit de la foule, n’eut été des réactions du public, j’aurai probablement arrêté de rire, improviser autre chose, et l’improvisation aurait été beaucoup moins bonne. Le public a une grande part de responsabilité dans ce moment Impromptu.

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