Faut pas trop y penser !

Par Edith Morin

Je suis certaine que je ne suis pas la seule qui a douté de mon jeu à quelques reprises au long de mon parcours d’impro. Une semaine, tu l’as, l’autre semaine, tu ne l’as pas. Je ne peux pas compter le nombre de fois que je me suis dit « J’aurais tellement dû faire ça à la place ! » Ça arrive ! Toutefois, il ne faut pas trop s’y attarder, parce que voilà ce qui va complètement chambouler ta perception du jeu.

Ce que j’aborderai dans cet article-ci, c’est l’obstacle le plus difficile à surmonter, l’arbitre le plus sévère de tous : soi-même. On joue un match, on ne remporte aucune impro, on passe la soirée d’ensuite à analyser chaque personnage un à un et à se critiquer. D’un côté, ça peut être bénéfique. C’est en étant conscient de nos erreurs que l’on apprend à ne plus les reproduire, et cela nous permet de grandir en tant qu’improvisateur. D’un autre côté, c’est de l’impro, ce n’est pas supposé se dérouler comme on le prédit ! Pas facile de se promettre de ne plus faire de mauvaises improvisations quand il n’y a aucune manière de savoir ce qui t’attend dans le prochain match.

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Voici donc ce que j’ai à dire à ceux qui ne se sentent pas confiants dans leur jeu : ayez du plaisir. Non vraiment, je sais que ça sonne cheesy, et que vous pensez peut-être « Ben franchement Edith », mais c’est tellement vrai ! J’ai dû lâcher l’impro pendant une année afin de prendre assez de recul et revenir à la source de ce qui me fascinait dans le jeu. C’est difficile de ne pas être dur sur soi-même quand ce qu’on fait est tellement axé sur l’imprévu. Je l’ai vécu, j’ai foncé afin de pousser mes limites, sortir de ma zone de confort, me suis prouvé à moi-même que je pouvais être improvisatrice. Ça m’a aidé, oui. Je suis fière de ce que j’ai accompli. Mais il faut faire attention. On peut ben aimer le jeu, en être passionné, mais ça peut aussi être extrêmement nocif si on passe son temps à repenser à sa performance.

L’improvisation, dans le fond, c’est le travail d’équipe, l’entraide avec l’équipe adverse, la construction d’histoires, le spectacle, l’absurdité, l’humour, mais surtout l’imprévu… Comment peut-on se discipliner par rapport à un match qui ne se répétera jamais ? Quand on improvise, on est dans le moment présent, on dit ce qui nous passe par la tête, c’est ça l’essence même du jeu ! Inutile de passer le reste de la semaine à se demander « mais qu’est-ce que j’pensais ? ». Le but de l’impro, c’est de ne rien savoir à l’avance. Il faut se pardonner, c’est correct, il va y avoir d’autres matchs !

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Comme je l’ai déjà mentionné, j’ai pris une année de recul l’an dernier. Pas parce que je n’aimais plus l’impro, bien au contraire, j’aimais trop ça pour continuer de me stresser à toujours essayer de jouer un match parfait. J’ai pris le temps de respirer, de ne plus y penser, et c’est après quelques mois que j’ai réalisé que j’avais vraiment une passion et que ça me manquait énormément. La seule raison pourquoi j’avais tellement de pression par rapport à l’impro, c’est parce que c’est moi-même qui me l’imposais, et ça a comme enlevé la magie. C’est là que je me suis dit, « Là, c’est assez, tu vas retourner dans l’arène faire ce que tu aimes et tu vas avoir du plaisir. »

Et je suis énormément fière de ma décision. Me voilà de retour au jeu avec la LICUM pour ma dernière année de mon bacc. Je ne pourrais pas être plus reconnaissante de faire partie, pour une dernière fois, de cette ligue incroyable. Maintenant que j’ai décidé de ne plus analyser mon propre jeu si méticuleusement, je me suis retrouvée en tant qu’improvisatrice. Je fais des mauvais sketchs ici et là, même des impros que j’aimerais oublier, mais cette fois-ci, j’assume mes erreurs et je me félicite de mes réussites. J’ai du plaisir, je ris, je pleure quand c’est des dramatiques vraiment touchantes, et des fois mes deux bras tombent à mes côtés parce que l’impro qui vient d’être jouée ne faisait juste pas de sens. Mais bonne ou mauvaise, l’impro était l’fun à jouer. Et la foule semble avoir aimé ça. C’est ce qui compte. À la place d’être sur le banc à repenser à mon jeu, je suis sur le banc à profiter de ce qui se passe devant mes yeux. Lorsque je suis dans l’arène, je me concentre à donner le meilleur show possible. Quand j’ai arrêté de me mettre de la pression inutile sur le dos, j’ai vraiment pu voir pourquoi j’étais si passionnée de l’improvisation et ce qui m’a poussée à me lancer dans ce monde dès le départ.

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Je suis aussi extrêmement chanceuse de partager l’expérience cette année avec une équipe que j’adore (shout out aux Verts : FSI for life) et dont les joueurs sont aussi dynamiques, créatifs et juste plain awesome. La chimie est incroyable, et chacun apporte quelque chose de différent au jeu. Nous sommes très uniques en tant que joueurs, mais nous nous complétons en tant qu’équipe et c’est génial. Les matchs sont désopilants (je me cherchais des synonymes, et ça veut dire fun), et pour une grande part, c’est parce que je partage le banc avec des gens aussi cool.

Tout ça pour dire, je sais que y’en a plusieurs d’entre vous qui ont probablement déjà passé par là (ou peut-être c’est juste moi, mais de toute façon, ce que j’vais dire est important pareil). Relaxez, ayez du fun, soyez là pour l’expérience, pour connaître les autres équipes, pour faire les fous (en respectant le jeu, c’est sûr) et, surtout, pour faire ce que vous aimez faire. Apprenez à connaître votre équipe, appréciez-la, soyez ouverts à tout ce qui pourrait arriver et foncez. Ça va être beaucoup plus bénéfique que de passer son temps à se critiquer, faites-moi confiance là-dessus. C’est certain qu’il est important de toujours se pousser et viser haut, mais ne laissez pas ça embrouiller votre vision de l’improvisation. Le spectacle va devenir beaucoup plus agréable pour vous et votre public si vous vous concentrez plutôt à raconter des histoires bien structurées et divertissantes et à essayer de nouvelles choses.

Vous voulez écrire un article? Communiquez avec Isabel Goguen à improvisationnb@gmail.com!

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Une réflexion sur “Faut pas trop y penser !

  1. C’est vraiment intéressant ce que tu dis Édith, et j’aime particulièrement l’aspect de compassion envers soi-même que tu apporte. C’est un principe fondamental du yoga, et je crois que ça se relie bien à l’impro. On n’est pas toujours dans le même état d’esprit, on ne peut pas s’attendre de toujours performer à 100% et surtout, on ne peut pas croire qu’on devrait être capable de faire toutes les interventions sur le coup qui nous viennent avec du recul et de l’analyse.

    C’est sur que c’est important de s’analyser, mais faut pas se mettre plus de pression à cause de ça. On analyse le jeu pour l’améliorer, ça suppose donc qu’il n’est jamais parfait, et ça, il faut l’accepter. L’improvisation c’est l’art de l’imperfection masquée comme des gestes intentionnels.

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