Réflexion : La nostalgie, bonne ou mauvaise?

Par Bass Levesque, philosophe aventurier

Pendant une froide journée d’hiver, une pensée mélangée d’émotions et parsemée de souvenirs qui me vient. Je suis instantanément transporté. Un bref sourire me vient aux lèvres. Je suis pour une seconde un voyageur. Je voyage au-delà du temps et de l’espace. J’arrive à un moment qui est parfait. Ma vie présente est tenue en suspension. Le temps ralenti. Ma pensée accélère. Tout arrête. Tenu entre les battements de mon cœur, ces pensées alimentent un feu émotif qui réchauffe mon âme. Tenu entre les battements de mon cœur, je vis un bonheur individuel. Ce moment n’est que pour moi. Je viens de vivre pleinement quelque chose qui était parfait. Un moment de nostalgie.

De retour à la réalité. Remplis de bonheur, je partage le moment. Mes amis les plus proches se souviennent du moment. On partage. Ce bonheur qui était personnel et parfait devient un moment de groupe. Nous sommes bien.

Fascinant n’est-ce pas comment fonctionne la nostalgie et comment elle nous rend heureux?

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Dans ma réflexion, je m’attarde aux improvisateurs. Question de précision, les improvisateurs sont les gens qui prennent part aux matches d’improvisations de façon active et investie. On inclut alors tous les gens qui participent à créer le spectacle, les joueurs, les officiels, mais aussi, certains spectateurs qui sont particulièrement actifs dans leur écoute et qui ont une attention particulière au spectacle.

Il est important de faire ces distinctions. Les moments de nostalgie commune ne peuvent avoir lieu s’il n’y a pas d’implication émotionnelle. L’émotion est l’ingrédient principal de la nostalgie. Sans émotion, nous n’avons pas de nostalgie, nous avons un souvenir. Seuls les gens investis peuvent avoir des moments de nostalgie.

Dans la communauté d’improvisateurs, la nostalgie est un grand rassembleur, mais aussi, divise. Elle rassemble certains joueurs dans des moments de création intense, mais aussi exclut certains autres qui n’étaient pas investis. Elle peut rassembler joueurs, officiels et spectateurs dans un moment de théâtre intense qui ne faisait pas partie d’une improvisation du tout.

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En général, la nostalgie est, selon moi, une grande force positive. Elle peut être partagée avec tellement d’intensité que l’on peut être transplanté dans la tête de quelqu’un d’autre. J’ai vécu moi-même de ces moments. Des moments si bien racontés, des images si bien expliquées, une émotion si bien transmise, que j’ai vu la scène. N’ayant jamais vraiment vu la scène, le souvenir est implanté dans ma tête. J’ai maintenant la chance de vivre, avec les gens qui y étaient, ce moment intense et maintenant, grâce à l’implantation dans mon vécu, intime.

Il y a une intimité dans la nostalgie. On partage des émotions. On partage un moment. L’intimité est palpable. Non seulement on partage le moment, elle nous rapproche sur un autre niveau.

La nostalgie est aussi, comme le Yin dans le Yang, l’inverse de ce que l’on peut percevoir.

La nostalgie partagée peut créer des attentes. On veut, étant donné l’intimité du moment, recréer de ces moments. On cherche à faire des photocopies du moment original, créant des moments de souvenir-d’émotions. Un moment de souvenir-d’émotion (terme inventé par JS Levesque), est un moment qui nous rappelle le moment du vécu intense, mais qui ne contient rien de l’émotion originale ; ce n’est que le souvenir du moment original. Pour abréger, ce serait une « inside joke ». Et il est bien observé que des « insides » divisent les gens entre ceux qui la pognent, et ceux qui ne la pognent pas.

La création d’attentes est vraiment le seul côté négatif de la nostalgie. Elle peut créer des géants. Ces géants, qui ont fait partie de plusieurs moments de nostalgie, sont réellement créés par la nostalgie elle-même. Parce que la nostalgie est toujours un moment parfait, ou presque, et aucun improvisateur n’est parfait, ou presque. Ces géants sont soit détruits par la superposition de la réalité et de la nostalgie, ou deviennent légendaires, et ne sont plus jamais vus.

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La création et destruction de Géants est, je crois bien, l’objet d’une autre réflexion… parce qu’elle est, selon moi, essentielle.

En somme, est-ce que la nostalgie est une bonne chose ou une mauvaise chose?

Dans mon humble opinion, la nostalgie n’est pas seulement bonne, mais essentielle. Elle représente l’ultime. Elle nous apprend que les moments qui créent de la nostalgie ne peuvent pas être manufacturés, mais plutôt, émergent de la volonté de tout le monde impliqué à créer un moment vrai. La nostalgie vient de moments vrais qui viennent de la volonté de s’impliquer et de donner au spectacle.

La nostalgie n’est pas volontaire… C’est pourquoi elle est essentielle. Elle est vraiment le résultat de moments d’improvisation qui transcendent. Ces moments sont grandioses et parfaits. Elle n’existerait pas si tout était poche, plate ou sans intérêt ou implication.

La nostalgie est donc le reflet de moments parfaits.

P.S. La prochaine réflexion sera possiblement complètement l’inverse de ce que je viens de dire… Parce que, me connaissant, je change d’idée souvent et une réflexion, comme un buffet chinois, n’est jamais vraiment terminée.

Vous voulez écrire un article? Communiquez avec Isabel Goguen à improvisationnb@gmail.com!

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7 réflexions sur “Réflexion : La nostalgie, bonne ou mauvaise?

  1. Je pense que la nostalgie est un moteur de légendes qui sont utiles dans la validation de notre jeu, la rétention de nos joueurs, et le recrutement de nouveaux adeptes. Son côté négatif survient quand on essaie de comparer le jeu du moment à celui qu’on entrevoit à travers ses lunettes roses, ce qui en somme peut avoir les effets inverses de ceux sus-mentionnés.

    Comme avec toutes choses en impro : Oui, mais non. Tout est vrai, même son inverse.

      • Grosse différence à mes yeux entre un pseudonyme et un nom de plume. Pis mon monkey a des plumes. Well, non pas des plumes. Une dactylo. Il peut mieux se relire après. Pis je réalise tu t’es emparé de la dactylo comme surnom, Martin, mais mon avatar date depuis plus longtemps.

    • Je trouve terriblement drôle comment tu commentes avec une inside joke sur un post about les bons et mauvais côtés des inside jokes. Clever!

      OH EXCUSEZ-MOI!!!! Je voulais dire des « Blagues privées » et « Ingénieux! »

      • AAAHHH NNNNOOONNN!!! Je ne voulais pas dire « un post about les » mais bien « un article à propos des » aussi!!! #ASSIMILATION!!!

        Ok… j’ai fini là!

  2. J’avoue que la nostalgie a son bon côté pour recruter et garder des gens, mais il a aussi un effet pervers pouvant, à la limite, être interprété comme une certaine condescendance de la part de certains anciens vis-à-vis du jeu qui se déroule sous leurs yeux. L’effet négatif est aussi supporté du fait que pour plusieurs, l’attachement et l’amitié qui les lie à certains joueurs n’est pas aussi présente avec les joueurs de la génération suivante, si elle est présente point. Oui, ça se peut qu’un joueur ait un style qui ressemble à celui d’un ancien, mais un joueur qui se fait comparer constamment sous l’ombrelle de la nostalgie peut subir un backlash négatif du fait qu’il est vu comme une réincarnation dudit joueur et non pas comme une entité unique.

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