Cultiver le mystère

Par Michel M. Albert

Les meilleures expériences d’impro, autant pour le joueur que pour le spectateur, sont pour moi celles qui laissent planer un mystère, celles où tout n’est pas donné ni expliqué, celles qui demandent au public de décider ce qui vient de se passer pour lui-même. De s’investir, quoi!

La notion de l’investissement dans l’impro est primordiale. On peut voir plein d’improvisations, rire aux bons moments, etc., mais ces impros sont souvent vite oubliées. Ben le fun quand elles sont jouées, mais pas nécessairement mémorables. Pour S’INVESTIR, il faut, comme public, y PENSER. Si notre cerveau fonctionne et n’est pas tout simplement en mode « réception », il est plus probable que l’on s’en souvienne après, et qu’elle nous inspire à des analyses.

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Ce qui arrive, dans le fond, c’est qu’on y a PARTICIPÉ ! Les joueurs ne nous ont pas livré une histoire complète avec tout expliqué, donc on a eu à COMPLÉTER l’histoire, à l’expliquer nous-même !

Si vous avez besoin d’exemples, cliquez l’étiquette ANALYSES qui vous dirigera vers des improvisations qui ont bien su cultiver le mystère.

Mais comment on fait ça? Quelques trucs. Ou, en fait, un truc principal :

Gardez un élément que vous avez décidé en caucus un secret. Vous n’allez pas le dire pendant l’impro, mais vous allez faire semblant que vous l’avez dit et que tout le monde est au courant déjà. En comparée, tous les joueurs SONT en effet au courant, mais j’utilise cette technique en mixte aussi. Les bons joueurs peuvent suivre de toute façon, et cela crée une bonne énergie quand n’importe quel joueur peut transformer l’idée secrète (elle devient ce qu’il pense que c’est et crée encore plus d’ambiguïté) et garder l’improvisation plus fluide.

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Donnons un exemple pour mieux illustrer : Une fois, moi et Annik Landry donnions une démonstration par rapport à la catégorie dramatique. Nous n’avons pas eu de concertation, donc Annik ne sait pas de quoi je parle, et je ne peux être certain qu’on parle de la même chose. Mais il est évident que nous sommes un couple, que je suis en train de la consoler pour une tragédie commune, sauf qu’on ne dit jamais c’est quoi. Dans ma tête, elle avait fait fausse couche. Dans la sienne, aucune idée. Ce n’est pas important, parce que c’est au public de décider ce qui était arrivé basé sur ce qui était dit.

Ce mystère garde l’attention – on reste à l’écoute pour avoir tous les indices possibles pour « décoder » l’improvisation – et de plus rend les choses plus « vraies ». Deux personnes qui vivent un drame n’ont pas besoin de se DIRE ce qui vient de leur arriver ; ils le savent déjà! Écoutez-vous parler dans la vie, et vous réaliserez vite que vous n’expliquez pas tout ce qui se passe à mesure à des gens qui le vivent avec vous!

Mais même pas besoin de cacher des choses au public ; c’est assez de ne tout simplement pas expliquer les choses. Il faut croire en son public et en sa capacité de comprendre ce qui se passe. Par exemple, si vous faites des transitions entre un temps présent et un temps passé, pas besoin de crier haut et fort « DANS LE PASSÉ! » à chaque fois. Si c’est clair dans l’histoire qu’on change de temps, le public le comprendra, et au lieu d’avoir été gauche et sur-évident, on aura fait travailler au public ses méninges, et il poussera peut-être un de ces « ooooooohhhh » quand il aura compris l’astuce.

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Un public à qui on ne donne pas tout, c’est un public qui s’investie dans notre impro, qui travaille lui aussi, qui écoute plus et mieux, et qui après, se sent intelligent parce qu’il a compris quelque chose que son voisin n’a peut-être pas compris.

Et ce qu’on ne lui a pas donné? Il ira le chercher à l’intérieur de lui et se sentira encore plus interpellé. Cette impro lui devient plus personnelle parce qu’il peut s’insérer dedans. Et si plusieurs membres du public ont une différente idée et que cela cause un débat? Hey, ce monde-là est en train de parler de TON impro. Et des fois, pour longtemps.

Vous voulez écrire un article? Communiquez avec Isabel Goguen à improvisationnb@gmail.com!

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