Cette impro qui dérange

Par Martin « Dactylo » Savoie

On est à la 2e impro de la 2e période du match. Les joueurs des deux côtés sont en feu, les gens rient, ont du fun, bref, le match est des plus divertissants. Tout à coup, on nous propose un thème qui nous inspire un sujet controversé, on en parle à notre équipe et nos co-équipiers réagissent avec un « euuhh, t’es-tu certain que tu veux faire ça? » Presque comme une désapprobation de l’idée, ou une acceptation à reculons d’aborder un thème obscur de notre société.

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Pour plusieurs, c’est facile de voir l’improvisation comme une discipline artistique qui mise d’abord sur l’humour et le divertissement. Il ne faut toutefois pas oublier que l’improvisation est en fait un spectacle de variété. Dans un spectacle de ce genre, oui, il y a des moments drôles, mais aussi de moments qui portent à réflexion et qui, somme toute, peuvent déranger dans leur analyse de situations difficiles, mais néanmoins existantes.

On va se le dire tout de suite : oui, c’est correct de traiter de sujets considérés plus lourds en impro. Si c’est correct pour toutes les formes d’art de vouloir présenter un questionnement social, ce l’est aussi pour l’improvisation. C’est peut-être plus inattendu, mais ça ne devrait pas être moins acceptable pour autant.

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Il y a plusieurs raisons pourquoi l’on hésite à explorer des thématiques malheureusement omniprésentes de notre société. D’un côté, il y a le fait que l’on n’est pas à l’aise avec le fait de présenter des idées polarisantes dans un spectacle que l’on voudrait rassembleur, ou même que l’improvisation en cours soit un reflet de l’opinion parfois impopulaire des joueurs sur un sujet, nuisant ainsi à la relation qu’ont les improvisateurs avec le public. Mais selon moi, la plus grande source de désistement est en fait le malaise.

Ah, cette ambiance redoutée que l’on appelle communément « le malaise ». De mon point de vue, il en existe deux formes, soit le dérangeant et le désagréable. Pour moi, les deux malaises se distinguent principalement par la réflexion engendrée par ce dernier.

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Le malaise dérangeant est celui où l’on est sorti de notre zone de confort, où l’on va dans l’inattendu, où l’on aborde tout fort un tabou. Dans le fond, dans le contexte qui nous intéresse ici, c’est ce qui est créé en parlant d’un sujet dont on n’aime pas l’existence, mais dont l’exécution apportera néanmoins un questionnement sur un problème et qui, de ce fait, aura un résultat positif. Exemple : Une improvisation sur le racisme qui utilise le soi-disant « N word » dans un contexte vrai, dramatique et dérangeant.

À l’autre bout du spectre du malaise, on a le désagréable, celui où le bon goût n’existe plus et qui laisse une sensation d’incompréhension, de dégoût et qui, au final, crée un mauvais moment pour ceux qui le voient et ceux qui le jouent, tout en n’emmenant aucune réflexion chez son témoin. Exemple : Une improvisation raciste où le « N word » est utilisé comme une farce plate.

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La chose à comprendre est que le malaise est une sensation qui va dans tous les sens, mais qui part toujours du joueur ou de comment celui-ci réagit à la sensation. Si un improvisateur n’est pas confortable avec le sujet présenté, le malaise désagréable sera ressenti par le public. Inversement, le joueur qui se laisse influencer par le sentiment de la foule enverra à celle-ci un mauvais signal qui créera le malaise désagréable, le public se bloquant mentalement du contenu de l’impro en cours en s’arrêtant tout simplement au premier degré. Une improvisation avec ce genre de sujet se doit d’être complètement assumée par les improvisateurs pour être bien livrée et, surtout, bien interprétée par le public.

Dans le fond, la clé pour traiter de ces sujets difficiles est de savoir apprivoiser et assumer le sentiment que celui-ci risque d’engendrer. Plus on est confiant sur ce que l’on présente, mieux le sujet sera interprété et meilleures en seront la réception et la réflexion que celui-ci emmènera après. C’est un défi de taille, j’en conviens, mais c’est le genre de défi qui nous fait grandir comme improvisateur et comme humain aussi.

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