Ateliers de base : Gestion de conflits

Par Michel M. Albert

Le blogue trouve important d’offrir des ateliers de base que l’on donne habituellement aux improvisateurs comme ressource aux nouveaux entraîneurs et pédagogues de l’impro. Pour le lecteur plus expérimenté, nous analyserons chaque atelier afin d’identifier quels atouts sont développés par son entremise.

conflit

Gestion de conflits

Instructions
Pour deux joueurs. Placez deux chaises côte à côte (ou utilisez le rebord d’une scène, ou un divan). Un joueur sort de la pièce pour ne pas entendre ce qui se passe ; l’entraineur (ou l’équipe) donne au participant qui reste quelque chose de difficile qu’il doit dire à l’autre (qu’il veut rompre la relation, qu’il sort de la garde-robe, que le chien s’est fait frapper par une auto, etc.). On rappelle le 2e joueur dans la salle, et on l’informe de la relation entre les deux personnages (un couple, parent/enfant, etc.), mais c’est tout. Les deux joueurs s’assoient un à côté de l’autre (devant une télévision, au cinéma, sur une banquette publique, etc.) et l’improvisation commence.

Le personnage qui a un secret doit, au courant de l’improvisation, le révéler à l’autre, et le faire de façon réaliste, avec tout l’inconfort que cela représente. L’improvisation n’a pas de durée limite et habituellement s’étend sur 10 à 15 minutes. Il s’agit de respecter les silences, les hésitations, la vérité d’une telle situation, autant dans la façon que le message est transmis que dans les réactions qu’il engendre.

Permettez-vous de deviez de l’exercice de base. Vous pouvez, par exemple, donner aux DEUX participants une différente note qui causera le conflit. Par exemple, au fils on dit qu’il veut demander pour une auto, mais au père qu’il doit annoncer qu’il fait faillite et que des temps financiers difficiles attendent la famille ; les deux personnages cherchent le courage de révéler leur secret, ce qui les amènera naturellement en conflit.

Pourquoi c’est utile
À prime abord, on reconnait tout de suite qu’un tel exercice pratique les habiletés des joueurs dans le mode dramatique. La quête pour la vérité et l’exploration d’un seul conflit dramatique central sont deux éléments qui devraient faire partie des improvisations dramatiques au lieu des mélodrames exagérés où tout va mal que l’on voit parfois.

L’atelier pratique aussi la patience du joueur. Celui qui maîtrise l’exercice pourra mieux naviguer les improvisations de longues durées, et se domptera de la peur du silence qui habite beaucoup de joueurs. Le silence, l’inconfort, le malaise… voilà des éléments importants du mode dramatique et de la vérité en général. L’improvisateur apprendra qu’il peut se passer quelque chose même quand il ne se passe techniquement rien, et à garder l’attention du public avec autre chose que des paroles, car les silences sont tout de même meublés de langage corporel qui signale ce que le personnage pense, mais n’ose pas dire.

Le focus de l’atelier, cependant, est le développement de conflits. Le conflit, dans une impro, c’est son intrigue, c’est ce qui motive l’histoire, c’est ce qui la rend intéressante. L’exercice enseigne aux joueurs comment créer un conflit interpersonnel simple et clair, et l’exploiter au maximum. Armé d’un « secret », un joueur ainsi formé peut alimenter une improvisation sans trop de caucus, et créer une situation intime et intrigante pour son public.

Et philosophiquement
L’atelier peut couvrir bon nombre de conflits. Celui entre les deux personnages – le premier révèle au second quelque chose qu’il ne veut pas entendre. Celui qui existe à l’intérieur du personnage même – la lutte entre son besoin de révéler son secret et sa peur. Il est très possible que la réaction du 2e personnage sera positive et le soulagera ; l’intérêt du conflit, c’est de le voir capoter pour s’amener à le dire. Il ne faut pas non plus négliger le conflit entre les joueurs et leur public. Le fait d’installer un mystère, quelque chose qu’on ne dit pas explicitement, créé une tension entre ceux qui jouent et ceux qui regardent. Pour le public, le « soulagement » vient de la révélation éventuelle du secret, mais pour qu’il y ait soulagement, on doit bâtir cette tension. Les improvisations calquées sur cet exercice stimuleront aussi ce conflit important.

Vous voulez écrire un article? Communiquez avec Isabel Goguen à improvisationnb@gmail.com!

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2 réflexions sur “Ateliers de base : Gestion de conflits

  1. Bravo! J’adore cet exercice car je suis d’avis que le silence et le malaise sont trop peu exploité en Impro dernièrement. De la même façon, on y développe un réflexe de chercher le vrai, encore du positif!

    Ce qui est encore plus trippant lorsqu’on applique ce format à une Impro, c’est que la foule ne connait pas la raison de l’inconfort. Voir les membres du public essayer de deviner ce que la personne cherche à dire est tellement fun! En plus, ça te garanti qu’ils sont intéressés à l’histoire qui se dévoile devant leurs yeux. Superbe moyen de capter l’attention et l’intérêt d’une foule, peu importe sa taille et sa diversité!

    • Oui, j’essaie aussi d’écrire un texte sur le mystère, comment le générer et l’exploiter, et aussi sont utilité. Je suis un grand croyant dans le concept du mystère, de ne pas tout dire, et dans l’investissement que ça crée chez le public (voir divers moments impromptus sur ce même blogue).

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