Couverture médiatique de l’impro : Comment faire

Par Michel M. Albert

Cet article est à l’intention de journalistes professionnels qui tiennent à parler de spectacles d’improvisation, bien sûr, mais peut-être surtout à celle des improvisateurs et fans qui veulent couvrir leurs ligues locales dans leurs médias étudiants, au niveau scolaire ou universitaire.

Parce que tout improvisateur l’a vécu, hein ! Lire à propos de son match dans un journal, ou entendre une entrevue à la radio et trouver que – et j’écris ça avec tout le respect que je dois à la profession de journaliste – la personne qui a fait l’article ou conduit l’entrevue ne comprenait pas vraiment l’impro. Et c’est normal ! Bien que les gens qui écrivent ici, et probablement une grande proportion des lecteurs, ont une passion pour le sujet, il reste que l’improvisation est encore une niche relativement obscure pour bien des gens. Les journalistes ne savent pas toujours quoi faire de cet étrange mélange de spectacle culturel et de compétition sportive, et penchent souvent du mauvais côté dans leur couverture.

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C’est comme ça qu’on se ramasse avec des articles qui ne parlent que de pointage et des étoiles qui ont été accordées, quand c’est pourtant la chose la moins intéressante dont on puisse parler. Et même les improvisateurs qui choisissent de s’attaquer au sujet tombent souvent dans ce panneau.

Une des questions qu’il faut se poser avant de choisir l’improvisation (et en particulier, l’impro-match) comme sujet, c’est « Qu’est-ce qui intéresse le lecteur ? » Et le lecteur n’est pas intéressé au pointage. Il n’est pas non plus intéressé par les détails du match, qu’untel a joué un bûcheron, ou qu’un autre a lâché un bon punch. C’est de l’impro : Il fallait y être pour que les détails (et le pointage, tant qu’à ça) soient vraiment d’intérêt. De plus, et c’est le cas pour des médias étudiants qui sont souvent hebdomadaires ou encore moins fréquents, cette information sort tellement tard qu’un autre match a déjà été disputé. On dirait que de telles informations deviennent encore moins pertinentes.

Alors si les gens ne veulent pas lire ce qu’ils ont manqué, qu’est-ce qu’ils veulent lire (ou entendre) ? Je vais tenter un petit guide d’instructions.

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Occasionnellement ou une seule fois
Vous ne voulez pas devenir l’expert en impro, vous voulez seulement couvrir un événement (une première ou une finale, ou alors un tournoi). D’accord. Évidemment, dans le cas d’une finale ou d’un tournoi, vous devrez surement nous dire qui a gagné, mais ce n’est pas la même chose que nous parler de pointage et de statistiques. L’important ici, c’est de nous donner une impression du spectacle. Est-ce que les joueurs avaient une chimie particulière ? Est-ce que le match avait de la variété ? Est-ce que l’arbitre avait un style que vous aimeriez décrire ?

Un match d’impro, c’est d’abord et avant tout un spectacle, et il mérite donc d’être traité COMME un spectacle. Comment couvririez-vous une pièce de théâtre ? Le spectacle d’impro n’est pas si différent. Vous pouvez en faire une analyse critique, évidemment, mais la plupart du temps, ce genre d’item prendra une tournure promotionnelle. Le lecteur veut savoir s’il devrait y aller la prochaine fois, ou peut-être l’éviter, qui sait. Pour ce lecteur, le journaliste doit donner assez d’indices pour qu’il puisse décider si 1) le spectacle est généralement bon, et 2) si le spectacle est conçu pour lui (si comme lecteur et possible spectateur, j’aime que l’impro ait des penchants plus expérimentaux ou littéraires, par exemple, j’aimerais savoir si ce spectacle en offre). Le compte-rendu est à éviter, car aucun spectacle d’impro n’est pareil. On s’en fout d’un sketch spécifique, car il ne se reproduira pas dans l’avenir. Les détails des improvisations ne devraient servir que d’exemples pour illustrer des commentaires sur le spectacle en général.

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Pour radio-télé, c’est plus simple. Les interventions seront habituellement des entrevues prises sur place, plutôt qu’une analyse ou un résumé. Cependant, ne traitez pas les improvisateurs comme des athlètes qui sont là pour vous dire qu’ils ont donné un 110% mathématiquement improbable. Plutôt, ce sont des artistes. Demandez-leur ce qu’est leur démarche artistique, quelle impro les a chatouillés et pourquoi, et comment ils évalueraient leur performance ou celle de leur équipe.

La chronique régulière
Alors là, c’est plus difficile. Premièrement, il est important de se rendre un peu expert – d’avoir la bonne terminologie, etc. – mais on risque quand même de se répéter. Si le spectacle de la ligue locale est décrit d’une telle façon une semaine, il sera probablement proche de ça chaque semaine. Au-delà de la première, il faut innover et prendre différents chemins pour mieux meubler notre « chronique impro ».

Pour bien réussir, il faut avoir un plan. Vérifiez d’abord combien de numéros de votre journal (ou combien de participations radio) seront publiés /diffusées pendant la saison que vous voulez couvrir. Selon la fréquence, ça peut jouer entre 4 et 20 ou plus. Cet horaire vous aidera non seulement à vous motiver, mais aussi à bien le jumeler à l’horaire de la saison d’impro.

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Voici le genre d’article que vous pouvez faire au lieu du compte-rendu :

Des entrevues : Il serait normal en début de saison d’offrir à chaque capitaine d’équipe, ce qui peut inclure ou non l’arbitre en chef, une entrevue pour voir quelles sont leurs stratégies, leurs attentes et leurs impressions de leurs joueurs/officiels. Plus tard dans l’année, on peut revenir à ce format pour parler à une recrue intéressante, ou un autre joueur qui a fait un « splash ». Une bonne entrevue, c’est un bon article. Pas beaucoup de publications ? Songez consolider plusieurs entrevues en un seul article.

Des profils : Au lieu de l’entrevue, il peut être amusant de publier de courts profiles des membres de chaque équipe. Peut-être ont-ils tous un petit questionnaire à remplir, avec une combinaison de questions drôles et sérieuses. C’est quand même un « entrevue » – elle ne prend tout simplement pas la même forme – mais c’est plus facile de parler d’une équipe au complet ainsi. Alternativement, on peut tout simplement dresser le portrait d’une équipe.

Événements spéciaux : Bien des ligues ajoutent à leur horaire des événements spéciaux pour attirer le public peut-être moins fidèle, faire parler d’elle, etc. C’est l’occasion d’écrire deux (oui, deux !) articles. Le premier pour préparer le terrain – expliquer ce qui en est, qui sont les invités ou les règlements spéciaux, et l’annoncer au public – et un autre pour en faire une critique, parler d’atmosphère, évaluer le format spécial, etc. Vu que le spectacle est nécessairement différent, il y a de quoi en parler.

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Tournois : Si votre ligue locale envoie une « équipe-étoile » à un tournoi, il y aura question de parler à son entraineur, de la composition de l’équipe, à quoi s’attendre, etc. Après le tournoi, il faudra parler des résultats (et encore une fois, il faut dépasser le pointage et parler de qualité de spectacle, du contraste entre les équipes « d’ici » et celles « d’ailleurs », et ainsi de suite. Les médias universitaires peuvent aussi couvrir l’implication des universitaires au réseau secondaire ou intermédiaire, et ainsi montrer comment leur ligue fait rayonner leur université à l’extérieur. C’est parfaitement légitime.

Et puis encore : Il vous reste de la place ? D’accord, c’est le temps de démontrer votre expertise (ou celle d’un expert de la ligue) et de décortiquer quelque élément spécifique à l’impro et démystifier le jeu pour vos lecteurs, son historique, ses valeurs, ses techniques. Un peu (beaucoup) comme on le fait sur ce blogue.

Tout ça pour dire que l’on peut écrire (pour publication ou transmission radio) une chronique régulière sur l’improvisation sans se répéter ni tomber dans les tics du reportage sportif. Il ne suffit que de se concentrer sur l’art du jeu et sur les gens qui donnent ces performances. Le reportage (culturel, et non sportif) a sa place, mais pas chaque semaine. Une fois qu’on a parlé de comment la saison s’annonce, on n’a pas vraiment besoin de le revisiter avant d’avoir à faire le bilan de la fin, sinon pour les spectacles spéciaux qui dévient de l’habituel.

Cette approche a été testée et validée dans les pages du journal étudiant Le Front en 1998-1999.

Vous voulez écrire un article? Communiquez avec Isabel Goguen à improvisationnb@gmail.com!

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2 réflexions sur “Couverture médiatique de l’impro : Comment faire

  1. Je suis d’accord avec toi Mike que c’est un des rares évènements que j’ai eu de la difficulté à couvrir, même étant joueur et bien connaisseur du sujet. Je l’ai fait quelques-fois et je trouve tout de même que c’est très compliqué de couvrir de l’impro pour un hebdomadaire (genre Le Front, genre). Un article en début de saison pour présenter les équipes, mi-saison pour parler du déroulement de cette dernière et un de fin de saison pour un retour et la finale me semble un bon rythme. Plus que ça, on commence à patiner pas mal.

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