Ateliers de base : Simulateur d’émotions

Par Michel M. Albert

Le blogue trouve important d’offrir des ateliers de base que l’on donne habituellement aux improvisateurs comme ressource aux nouveaux entraîneurs et pédagogues de l’impro. Pour le lecteur plus expérimenté, nous analyserons chaque atelier afin d’identifier quels atouts sont développés par son entremise.

Simuler des émotions

Instructions
Chaque joueur participant aura son tour. Il doit prendre place sur scène, seul. Le formateur lui lance des émotions qu’il devra adopter pendant 20-30 secondes avant de se faire lancer une autre suggestion. Chaque improvisateur aura, au cours de l’atelier, ±5 émotions à simuler. Le joueur doit montrer l’émotion sans dialogue ou actions, avec des expressions faciales et un langage corporel.

Le formateur devra, bien sûr, toucher les émotions de base (joie, tristesse, colère, peur…), mais aussi tâcher d’accroître le vocabulaire émotionnel des joueurs en leur demandant des émotions plus nuancées et subtiles (amertume, sournoiserie, mépris, mélancolie…).

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Variantes
L’émotion n’est pas seulement rendue par l’attitude physique, mais se retrouve aussi dans la voix. Faire le joueur livrer la même ligne du dialogue dans chacune des émotions demandées lui donnera l’opportunité de développer cet aspect de l’émotion.

Une autre variante demande à tous les participants, soit en rond ou en petits groupes, de pratiquer les émotions suggérées ensemble, question de voir les différentes couleurs que chaque joueur peut amener à ces émotions.

Enfin, un joueur peut pratiquer l’outil à la maison avec l’aide d’un miroir et d’une liste d’émotions fournie par le formateur.

Pourquoi c’est utile
La performance d’une émotion peut être de deux ordres de base. D’un côté, le joueur développe sa capacité pour la caricature, des expressions exagérées qui serviront de raccourcis dans les courtes improvisations. Quand on n’a que peu de temps à véhiculer notre idée, il devient important d’être clair dans nos gestes et expressions, et dépendant de la salle, on ne sera pas toujours proche du public. Il peut être pertinent de bien télégraphier notre émotion au fin fond de la salle. De plus, l’expression plus caricaturale apporte avec elle un élément d’humour, et certains joueurs découvriront, à travers cet exercice, qu’ils ont une facilité avec les expressions drôles et/ou charismatiques. Tsé, quelqu’un qui fait des FACES. Jim Carey, quoi.

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De l’autre côté, on trouve l’émotion plus subtile, celle qu’on reconnait dans le trait de la lèvre, le mouvement discret d’un sourcil, la façon qu’un personnage se tient sur ses pieds, le tremblement d’un doigt. Dans ces expressions, on trouve plus de vérité, ce qui est utile dans les improvisations plus réalistes, plus longues, ou plus calmes. Ici, on retrouve le jeu du comédien, intime et captivant, et le mystère que le public résout à mesure que l’impro avance. Il ne faut pas toujours tout leur donner dès la première seconde !

D’une façon ou de l’autre, une émotion est plus qu’un véhicule pour transmettre une information spécifique (i.e. que ce personnage ressent cette émotion), ça peut aussi être le point de départ d’un personnage. Pour le joueur qui ne se sent pas confortable à faire des voix, etc. (et de toute façon, on ne veut pas utiliser le même truc impro après impro), la capacité d’incarner l’angoisse, la cruauté, l’espoir, ou la rage, peut représenter une attitude (et donc un personnage) distinct, qu’on le garde tout au long de l’impro ou qu’on lui donne l’opportunité de changer (l’impro peut être motivée par le besoin de calmer ou de rassurer un personnage, par exemple).

Et philosophiquement
Parce que l’on demande aux joueurs d’accéder à ses émotions, en passant de la caricature (la simulation) à la vérité (possiblement un accès aux réactions véritables du joueur), l’exercice pourra, à l’occasion, confronter le joueur à ses blocus personnels. Parce que l’improvisation demande au joueur de se rendre vulnérable devant un public, d’essentiellement demander à une foule de le juger alors qu’il agit comme écrivain, metteur en scène et interprète de son imaginaire – il n’y a pas plus « à nu » que cela en expression artistique – une barrière commune au bon jeu est celle que le joueur se met lui-même. Si on ne se donne pas complètement au jeu, et ça veut dire émotionnellement aussi, on se limite et on ne se rendra pas aussi loin.

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Deux exemples illustratifs (omettant les noms pour protéger les innocents) :

Dans un tel atelier, une joueuse refusait clairement de se donner à « la rage », donnant une performance timide, soit une caricature, genre se serrer les poings et faire « ooooooh ». Moins une caricature qu’une parodie de l’émotion. Le formateur la questionne sur ses choix et son refus et découvre qu’elle a effectivement peur des émotions fortes, même les simulées, vu un traumatisme suite à un accident plus tôt dans sa vie. Elle aurait juré, consciemment ou inconsciemment, de se priver d’émotions trop fortes. Prendre les choses à la légère était son mécanisme de défense, et les souvenirs de l’émotion forte lui causaient de l’anxiété. À la lumière de cette révélation, le groupe dont elle faisait partie pouvait mieux comprendre ses limites personnelles et assurer un environnement de jeu plus confortable pour elle pendant qu’elle faisait le travail interne de se pousser, petit à petit, dans cette direction et mettre fin à la barrière. Le groupe a appris à ne pas la brusquer, mais plutôt de suivre son lead quant à l’intensité de ses impros avec elle pendant le processus de guérison.

Dans un autre atelier de la sorte, une joueuse s’est fait donner l’émotion/attitude « hypocrite ». Au lieu de présenter l’hypocrisie comme elle l’avait fait les 2 ou 3 suggestions précédentes, elle a plutôt répondu « Oui, hein » d’un ton défaitiste. Elle croyait que le formateur l’avait TRAITÉE d’hypocrite, un jugement sur sa performance dans l’atelier jusqu’à présent ! Elle se trouvait « fake ». Ce malentendu à causé une discussion fort intéressante sur le concept de la vérité en impro et à un échange libre à l’intérieur du groupe pour adresser ce que la joueuse voyait comme une faiblesse importante de son jeu en général, encore une fois une retenue, en quelques sortes, l’incapacité de se donner pleinement. Et une équipe qui parle d’impro ensemble, et qui agit comme groupe de soutien à ses membres, c’est une équipe qui grandit ensemble.

Et ça, ça nous kick dans les feels.

Vous voulez écrire un article? Communiquez avec Isabel Goguen à improvisationnb@gmail.com!

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Une réflexion sur “Ateliers de base : Simulateur d’émotions

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