Réflexion de Diane Jules sur la confiance en soi

Par Justin Guitard

Contexte : J’écoutais l’émission québécoise « Les enfants de la télé » à Radio-Canada, mercredi soir dernier et une des invités était Diane Jules, une ancienne grande joueuse d’improvisation à la LNI (la Ligue d’Improvisation Nationale), dans les années 80. J’espère, évidemment, qu’elle va parler d’improvisation et, finalement, elle le fait. J’ai trouvé sa réflexion tellement juste et à propos, que je vous la transcris ici, en plus d’y aller de mes propres réflexions plus bas.

« Si y’avait 12 impros dans une soirée, je rentrais dans au moins 10. La confiance était au sommet, jusqu’à ce qu’un jour, la confiance s’en aille. C’est un jeu de confiance en soi. Sauf qu’à un moment donné, la confiance part. Je pense que c’est arrivé à tous les joueurs, sauf ceux qui ont eu l’intelligence de se retirer à temps, ce qui ne fut pas mon cas, du jour au lendemain, je suis devenue pourrie, à cause d’une impro. Lorsqu’il y avait des improvisations comparées, d’un seul joueur par équipe, c’est moi qui y allais. Un jour, dans une impro qui s’appelait « La rose noire », rien ne fonctionne. Je me sens comme de la marde. Je m’excuse au public, les gens me lancent des claques, je pleurais, il restait 8 minutes, je n’ai plus d’idée, j’ai dit mon punch… c’est là que j’ai perdu confiance en moi. Comment prévoir que tout à coup, on l’a et tout à coup, on ne l’a plus? Je n’ai plus jamais été la même joueuse. » – Diane Jules (février 2015)

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Je pourrais parler longtemps de l’aspect psychologique de l’improvisation. Peut-être que j’y consacrerai une future chronique, comme je considère que le « mental » y est pour beaucoup en improvisation, mais aujourd’hui, je veux m’attarder particulièrement à la confiance en soi.

C’est vrai ce que Mme Jules dit. On a pas mal tous un souvenir de cette fameuse impro qui ne s’est vraiment pas passée comme nous l’aurions voulu et qui nous a changé à tout jamais comme joueur. Certains ont réussi à se relever, mais j’en ai vu tellement ne jamais redevenir les joueurs qu’ils furent jadis.

L’importance de l’entraineur, au niveau secondaire, est dans cet aspect tellement important. C’est un rôle de préparateur mental qu’on joue, afin que tous soient en mesure de se donner au maximum ; et aussi un rôle de gardien de sécurité, afin de s’assurer que nos joueurs ne vivent pas ce fameux moment qui leur fera perdre confiance. Je ne laisserais jamais un de mes joueurs vivre un moment comme cela, même si certains disent que cela forge le caractère de se casser la gueule, moi je n’y crois pas. On construit une improvisation, on se construit comme joueur. On ne peut pas construire en se déconstruisant comme joueur en se plantant royalement.

L’improvisation est un jeu ou il faut prendre confiance et non perdre confiance, mais les situations pour que l’un ou l’autre se produise sont souvent les mêmes, d’où le danger. On veut oser, mais jusqu’à quel point? On veut se dépasser et sortir du moule, mais à quel prix?

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Je ne suis pas tellement d’accord quand Mme Jules dit qu’il faut se « retirer à temps ». Je crois plutôt que le rôle d’un joueur peut évoluer avec le temps. Par exemple, un joueur qui joue 6-7 impros sur 8 ne pourra pas le faire pendant 20 saisons, mais je ne pense pas qu’on puisse du jour au lendemain devenir « pas bon ». C’est certain que l’humour peu évoluer, le public aussi, tout comme le jeu, et on peut se faire dépasser par cela, mais je ne pense pas qu’on puisse perdre nos habiletés à créer des histoires, inventer des personnages, utiliser notre culture, développer notre écoute active. On peut, par contre, perdre des coéquipiers avec qui on avait une chimie magique, avoir un moins grand désir de jouer, et ainsi, moins se forcer, et de ce fait, moins bien réussir dans l’arène. On peut ainsi « avoir fait son temps ».

Il est certes vrai, par contre, qu’il arrive qu’un joueur sente qu’il « ne l’a plus ». Et ce moment est très difficile à vivre dans une carrière. J’ai été chanceux, j’ai eu ce moment très tôt dans la mienne, après avoir vécu une très mauvaise expérience d’improvisation. Je suis heureux de pouvoir dire que j’ai réussi à passer par-dessus et à « l’avoir de nouveau », mais je comprends que ce ne sera pas le cas pour tous, car chaque individu devra gérer ce type de situation différemment. Il y a des joueurs qui sont très fort mentalement, et d’autres qui sont très fragiles, à qui il ne suffit qu’une mauvaise improvisation pour qu’ils n’en fassent plus jamais. Certains vont continuer de jouer, d’autres vont arrêter, d’autres vont se recycler en entraineurs et officiels (note aux lecteurs, je l’ai encore, mais j’adore être entraineur) et d’autres mettront complètement de côté cette activité qui a meublé leur jeune vingtaine.

Je n’ai pas vraiment de conclusion, ni même de message, à véhiculer à travers cet article. Je veux simplement rapporter cette citation d’une ex-grande joueuse de la LNI et ouvrir la discussion sur le sujet.

Vous voulez écrire un article? Communiquez avec Isabel Goguen à improvisationnb@gmail.com!

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5 réflexions sur “Réflexion de Diane Jules sur la confiance en soi

  1. Moi je cache absolument rien au nouveau joueur. Une des première choses que je dis est que vous allez être mauvais. Je care pas qui vous êtes, vous allez faire une mauvaise impro. C’est inévitable. J’ai déjà donner une activité trop difficile juste pour le monde ce plante sur leur face. Il faut juste réaliser qu’on oublier les mauvaise impro, le temps ce souvient seulement des bonnes.

    Aussi, je haie quand on sur-analyse les mauvaises impro. Des choses comme « Notre cocus était mauvais, t’aurais pas du rentrer, le thème était mauvais, il avait trop de joueurs, ect.. ». Personne connais le bon choix. Un meilleur cocus aurais-tu faite une meilleur impro? Peut-être. Si le troisième personnage aurait été différent l’impro aurais-tu été bonne? Peut-être.

    Il faut juste faire un choix et l’assumer. Pour exemple, souvent on blame le manque de cocus pour une mauvaise impro, mais la on ce tourne de bords et brague une bonne impro à cause d’un manque de cocus. Il faut juste faire un choix et l’assumer parce ce que c’est impossible de savoir le bon choix. Personne sais, nobody knows.

  2. Ai-je entendu « personne sais » ? haha

    Effectivement, même si souvent, plusieurs facteurs entrent en jeu, c’est inévitable qu’on va tous faire des mauvaises impros qui ne s’expliqueront pas. Il est impossible d’être toujours bon. Wayne Gretzky a été le meilleur joueur dans la LNH pendant 20 saisons, même s’il terminé 1er pointeur de la ligue 11 fois il a quand même perdu 9 autres fois le championnat des pointeurs.

    Parfois, une improvisation est juste mauvaise, parce qu’elle était mauvaise. Et cela arrive. Et il faut passer à autre chose. On n’a pas le choix, comme artistes, de faire ce choix-là. Si on choisi de sur-analyser chaque mauvaise performance (bien qu’il soit possible de ressortir du positif d’une réflexion sur son jeu), à force de juste frapper sur le négatif, on va finir par devenir négatif, et ainsi moins bon, et nous entrerons alors dans un cercle vicieux.

    Je crois aussi qu’il y a un moment propice pour « se péter la face ». En pratique, absolument. En LISSE, je peux vivre avec. En finale du provincial? Cela commence à faire un peu plus mal à l’ego, j’imagine…

    Moi c’est le « la journée où je ne serais plus bon » que je trouve effrayante. De plus en plus. La journée ou les idées ne viendront plus et ou je serais sur scène, seul, à tenter de me sauver d’une chute inévitable… C’est là que la réflexion de Diane Jules est venue me chercher…

  3. J’ai vécu cette expérience du « soudainement pas bon ». À la fin de mon séjour à Ottawa, je me suis rendue compte que je ne jouais plus de l’impro, je faisais semblant de faire de l’impro. Ce n’étaient plus des personnages qui allaient à la plage, qui faisaient l’épicerie, qui prenaient une douche, c’était Elyse avec un jersey de Hockey.

    Le point culminant de ce déclin est arrivé quand j’étais en pratique et on m’a demandé de faire une improvisation seule et en personnage. J’ai tout simplement senti que je n’étais pas capable. J’ai dit « non » pour la première fois. Après cet épisode, je n’ai pas joué pour 3 ans.

    J’ai fait quelques modestes retours au jeu à travers de matchs étoiles et de l’improvisothon plus récemment. La confiance se rebâtie, le goût au ridicule revient. Mais je n’oublierai jamais comment je me suis sentie quand j’ai été obligée de dire « non ».

  4. Je ne crois pas exactement dans le jour que je serais plus « bon ». C’est comme scary à y penser. Je pense que c’est plutôt un mur artistique que le monde frappe. J’ai frapper ce mur dernièrement en humour. Chaque fois que j’était sur scène les mêmes blague que je disais ne marchais juste pas, mon timing d’humour était « off ». Chepas pourquoi je pensais l’avoir perdu, mais comme Elyse à dit parfois un petit break fait des miracles. Moi je crois que si tu n’es pas stresser avant un match, tu l’as perdu. Il faut avoir ce petit stress, le confort tue la creativité.

    Mais, si Colin Mochrie et Ryan Styles peuvent encore faire de l’impro dans leur 50aines, on encore de l’espoir. Si Martin Scorsese peut faire un film à 70 et George Burns peut performer à 99 ans on peut faire de l’impro pour longtemps.

  5. J’ai pas été joueur pendant longtemps mais passer de jouer avec mes meilleurs amis à jouer avec ceux qui était nos officiels et les coachs des autres équipe rendait mes lundi soir comparable a jouer des match desétoile a chaque semaine (les anciens match, ceux qui était pas amazing a chaque fois)
    C’était stressant. À la place d’être moteur dans la moitié des impros, j’embarquais a peine par peur..
    Je feel comme je « l’ai pu » so je prend un break pis je me recycle en bénévole en espèrant rebatir ma confiance pour rejouer un jour!

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