Zone de confort

Par Joannie Thomas

Été 2014. Une fête foraine louche à Moncton à l’arrière du liquor store sur la Mountain Road (t’sais, le genre avec des messieurs à tatous qu’ont l’air d’être sortis de prison). J’y suis avec des amies et on s’adonne à croiser Joëlle Martin qui nous dit quelque chose comme-ci : « Hey! Zèbre d’or. Tournoi d’impro. Marc-Sam se cherche une joueuse. No pressure. C’est pour le fun. » Et là, je me suis dit : « Why the hell not? » Pour vous mettre en situation, pendant mon secondaire, j’ai été une groupie d’impro; j’allais à tous les matchs (ou presque) de mon école et la Gougoune Dorée était un événement incontournable! Mais, malgré mon amour pour cet art, je n’avais jamais osé plonger dans l’arène… Jusqu’à ce jour où le destin me rencontra face à face dans cette fête foraine louche.

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J’ai envoyé un message Facebook à Marc-Sam (en lui faisant part de ma terreur), il m’a acceptée et BAM! : l’équipe des Hawt Dawgz Woof Woof Playa!!!#Yolo était fondée. J’allais jouer, à mon grand bonheur, avec un compatriote d’art dramatique, Stephan Bénard; Marc Bernier, que je trouvais hilarant (autant au secondaire qu’à l’uni); et « un des jumeaux ».

Pendant le tournoi, je me suis surprise à tomber dans des pièges… Et voici trois leçons qui sont sorties de ces faux-pas.

SE METTRE EN DANGER
Comme j’étais une « virgin », tout était possible (genre). Au fil des matchs, c’est avec stupéfaction que je me suis vu essayer de reprendre ou refaire certain.ne.s personnages/réactions qui avaient bien marché dans des impros précédentes. La notion de « Je veux être bonne » faisait surface. Or, ce que j’ai compris par la suite, c’est qu’on s’en fou que tu sois bon ou pas. Ce qu’on veut voir c’est : Est-ce que tu sers l’impro? Est-ce que tes réactions/sentiments/personnages sont justifiés?

Je l’ai sentie cette confort zone de joueur… Et c’est normal de vouloir y être (parce que, comme elle l’indique, elle est confortable). Cette zone de confort est, à mon avis, le pire ennemi de l’impro. Elle se traduit par la peur du ridicule – et cette peur tue la créativité! Battez-vous contre cette peur, elle ne vous sert à rien.

Ceci étant dit, sur une note positive, des personnages qui reviennent peuvent devenir des signatures de joueur (pensez aux femmes immigrantes de Justin Guitard ou encore au David St-Pierre de David St-Pierre). À vous de savoir doser!

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DONNER UN BON SHOW
Je pense, qu’à la base, chaque joueur devrait s’enlever le poids « d’être bon » et de mettre son focus sur « donner un bon show ». Se dire : « Comment, moi, avec mon bagage, puis-je être au service de ce qui se dessine dans l’arène? »

Pendant le Zèbre, j’avais été mindblown par l’équipe « des anciens » (Sylvain Ward, Annik Landry, Bass Levesque, Joëlle Martin et Rémi Goupil) qui construisait un monde devant nos yeux avec une écoute et un sens du spectacle incroyable. En fait, je pense que dès qu’on se donne, tout simplement, on devient un meilleur joueur. Et n’est-ce pas la clé du bonheur dans la vie aussi? (Pause philosophique : Je vous invite à vous questionner pour cinq minutes.)

Pourtant, il y a aussi un piège à vouloir donner un bon show… c’est de devenir un crowd pleaser. (Note à moi-même : Ce n’est pas parce que la foule aime ça que c’est bon.)

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PRENDRE SON TEMPS
Deux minutes peut sembler très court, mais peut aussi être infiniment long. Prendre le temps d’installer une situation et un personnage donne des impros plus fortes (encore un fois, je pense aux impros « des anciens ».) Et pourquoi sont-elles fortes? Parce que quand on prend le temps de bien faire les choses, on crée des bases sur lesquelles on peut s’appuyer ensuite. On devient groundé (autant comme joueur que comme équipe). On le voit au théâtre aussi cette force, quand, par exemple, un comédien entre en scène en silence, chargé d’une émotion. La foule tombe en écoute, sa curiosité piquée par ce qui risque de se passer.

Le plus gros danger « d’aller trop vite », c’est de tomber dans le chaos. Quand le chaos s’installe, c’est perdu. Les moteurs sont confus, les joueurs d’appui/secondaires veulent trop en faire et décident de rester quand ils n’apportent plus rien, les moteurs finissent pas sortir, rien ne fait plus de sens, absurdité totale, il y a des cris, des jokes faciles, des clichés, les gens parlent en même temps, l’écoute disparait… Bref, c’est un freak out total. Et le public, well, il est tout aussi What the…?

Mon expérience au Zèbre d’or a été enrichissante en soi et elle m’a aussi aidé à comprendre et approfondir des notions de théâtre (le timing, l’utilisation de l’espace, aller au bout de ses idées ET les assumer, la construction de personnages, etc.)

J’ai eu la piqure, je l’avoue, et j’en crave depuis. Vivement l’été 2015!

Vous voulez écrire un article? Communiquez avec Isabel Goguen à improvisationnb@gmail.com!

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3 réflexions sur “Zone de confort

  1. Super intéressant comme article Joannie! Je crois que c’est évident que comme spectatrice toutes ces années tu n’as pas chômé, et que tu as remarqué plusieurs bases de l’impro, que tu as par la suite pu mettre en pratique lors de ta première expérience.

    C’est le fun aussi d’entendre que quelqu’un a vécu ces apprentissages de façon consciente, alors que plusieurs les développent instinctivement au fil des années. Et je suis toujours impressionnée de voir quelqu’un habituellement dans le public qui « get » la game. C’est sans surprise que ta performance était exceptionnelle « pour une première fois » lors du zèbre!

    Bref, merci du partage 🙂

  2. Excellent texte Johannie, j’adore ta plume et j’espère que ce n’est pas la dernière fois qu’on peut la lire sur ImproNB.

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