L’impro en tant qu’acte théâtral

Par Frédéric Melanson

Je dois commencer en spécifiant que je suis comédien de métier, donc ma vision des choses est fortement influencée par ceci. Il y a plusieurs façons de voir l’impro, et aucune d’entre elles n’est « mal » au sens propre du terme. Ceci dit, je crois dur comme fer que l’improvisation (que ce soit l’impro-match ou autre) est un acte théâtral.

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Peter Brook disait dans L’espace vide que « Je peux prendre n’importe quel espace vide et l’appeler une scène. Quelqu’un traverse cet espace vide pendant que quelqu’un d’autre observe, et c’est suffisant pour que l’acte théâtral soit amorcé. » C’est une définition très vague qui peut englober toute la vie quotidienne. Je dois donc la rejeter puisque je ne crois pas que TOUT est du théâtre. Il manque un élément clé à cette définition, et c’est l’élément d’intention. On doit vouloir faire ou voir du théâtre pour qu’il existe. Pas besoin de texte, de décor, de costume ou de mise en scène; ceux-ci sont seulement des éléments qui peuvent aider (ou nuire) au processus de création. Mais ce qui est essentiel, c’est le désir de l’acteur (celui qui fait l’acte) ou de l’observateur (l’autre) de participer à l’acte. Dans ce sens, l’impro est un acte théâtral auquel tous présents (sauf ceux au bar qui parlent trop fort) veulent participer.

L’improvisation peut paraître plus déstabilisante puisqu’elle ne contient aucun élément superficiel sur lequel on peut s’appuyer en cas de panique ou de manque d’imagination, mais on pourrait aussi dire qu’elle n’a aucune limite. Et quand on le regarde sous cette optique, on réalise que le « théâtre » avec ses textes à apprendre par cœur, sa mise en scène à respecter, son décor qui limite l’imagination, et tous les autres artifices qu’on y amène, est rempli de contraintes. On répète pendant des semaines pour s’approprier un texte, se le mettre en bouche et se permettre de se sentir déstabilisé en le récitant. On pratique une mise en scène pour qu’elle devienne seconde nature. En d’autres mots, on se crée de nouveaux réflexes, pour pouvoir improviser avec les contraintes, pour que naturellement quand quelqu’un nous donne la réplique «  C’est à vous, Monsieur, d’aviser promptement aux moyens de sauver des fers un fils que vous aimez avec tant de tendresse » la réponse normale et spontanée devient logiquement « Que diable allait-il faire dans cette galère ». Le but de répéter, c’est de pouvoir improviser.

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Pour ce qui est de sa « zone de confort », je crois que n’importe quel créateur qui reste dans ses pantoufles devrait rester à la maison. Si un acteur (en impro, ou dans une pièce de théâtre) se sent confortable, ce qu’il fait deviens prévisible, donc inintéressant. Ce qui est difficile dans une pièce, c’est apprendre à pouvoir naviguer toutes les contraintes et quand même se sentir déstabilisé. En impro, la difficulté est de trouver un certain équilibre dans le chaos, sans toutefois toujours reprendre les mêmes gags, les mêmes personnages, les mêmes histoires etc.

Donc, dans mon humble opinion, l’impro est du théâtre, même si ce n’est pas une pièce de théâtre. Elle a ses propres défis qui la distinguent de toutes les autres formes de théâtre qui existent. La prochaine fois, trêve d’intellectualisme, je vous ferai un article moins plate ou je parlerai de jokes de pets… promis.

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