L’impro et le théâtre, ennemis ou compléments?

Par Gabrielle Gagnon

Lorsque je dis à des amis, de la famille ou même des simples connaissances que je fais de l’impro, j’ai, plus souvent que pas, des visages en point de question comme réponse. En essayant d’expliquer le plus simplement possible, j’arrive avec « c’est comme du théâtre, mais sans script! » comme explication. N’empêche que cette explication n’inclue pas les bandes, les jerseys, les punitions ni les catégories! Mais bon, la plupart n’ont pas d’intérêt plus que ça et s’en foutent.

Mais pour ceux qui ne se foutent pas de mon explication, est-ce que l’impro est si proche que ça du théâtre? J’ai envie de dire oui et non.

Oui, parce que le théâtre et l’impro on un tronc en commun important : tu rentres sur scène devant plein de monde, et si tu sais que t’as l’air fou, tu fais probablement la job.

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Par contre, je dis non, parce que même si le théâtre essaie parfois de faire croire le contraire, l’impro te force à sortir de ta zone de confort beaucoup plus que le théâtre. Comme mentionné plus haut, l’impro n’a pas de script. Tout ce que tu as dans l’arène, c’est un caucus qui peut plus ou moins faire de l’allure, ton jersey et tes idées. Tu dois t’inventer un personnage sur le coup, penser à des lieux où ce dernier pourrait aller, et faire avancer une histoire que tu n’as jamais lue ni vécue. Si ça, c’est pas un peu stressant, je ne sais pas qu’est-ce qui l’est!

L’impro et le théâtre sont très différents au niveau des personnages. Lorsque tu es dans une pièce de théâtre, tu travailles un personnage (ou peut-être deux) pendant plusieurs semaines. Et souvent, ce personnage t’est accordé puisqu’il ressemble à ta personnalité. Dans ce cas-là, c’est facile de se cacher dans ce personnage et de ne jamais en sortir, puisqu’il est confortable. En impro, si tu fais le même personnage plus que deux ou trois fois dans un match, le public, les juges, ton équipe et ton entraineur vont tous perdre intérêt. Disons que tu es rentré dans toutes les impros d’un match, tu as (dans le meilleur des cas) inventé huit personnages en une heure! Peut-être qu’ils n’étaient pas tous bons, mais laisse moi te dire que ça a travaillé tes méninges en maudit!

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Je pense que la plus grande différence entre l’impro et le théâtre est que le théâtre cherche à ultimement créer une zone de confort pour le comédien. Tu sais ce que tu dois dire et tu te pratiques pour confortablement le dire sur scène. Rien de ça en impro : tu inventes un personnage qui s’adapte à l’impro alors même qu’elle se déroule, et tu le laisses tomber par après. Pas question d’y trouver le confort, c’est pas un divan avec ta couverture préférée! Ça, c’est pour après le match.

Ceci n’est pas pour descendre le théâtre ni pour monter l’impro; j’explique tout simplement les différences que j’ai remarquées, ayant fait les deux. Oui, l’impro est un bon exercice pour se sortir de sa « comfort zone » et bâtir des nouveaux personnages, mais on ne va pas s’le cacher : le théâtre a souvent de meilleures histoires et des personnages plus profonds. Malgré que ces deux choses puissent être faites indépendamment, un bon acteur pourrait faire de l’impro pour pouvoir être plus spontané et indépendant du script, et un bon improvisateur pourrait faire du théâtre pour développer de la profondeur dans ses histoires et ses personnages.

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6 réflexions sur “L’impro et le théâtre, ennemis ou compléments?

  1. Je doit dire que je suis en fort désacord avec ceci. Un match d’impro est des scènettes de théâtre improvisées… donc l’impro C’EST du théâtre. Et pour ce qui est de l’énoncé que « Le théâtre vise la zone de confort » je dirait que si c’est le cas, tu fais mal du htéâtre. Mais ceci est bien entendu mon opinion.

    • Un changement au texte a été apporté pour mieux représenter l’idée de l’auteur. « Le théâtre vise la zone de confort » est donc devenu « Le théâtre cherche à ultimement créer une zone de confort pour le comédien ».

      Fred, on aime entendre ton opinion! Tu pourrais peut-être nous partager ton point de vue du lien entre l’impro et le théâtre dans un article? C’est intéressant; on aimerait te lire!

  2. Tout est du théâtre, Fred, mais dans la stricte opposition de l’impro et du théâtre, yen a un qui est scripté et l’autre pas, donc à l’angoisse du comédien, on doit ajouter, en impro, l’angoisse du metteur en scène et de l’écrivain, le tout en simultané. L’idée de la répétition (de la « pratique ») au théâtre cherche à créé le certain confort dont Gab parle, ce qui marche, ce qui ne marche pas, rodder le show. En impro, on a pas ça. On peut y trouver un certain confort aussi, avec des personnages et situations répétitives, du « facile ». J’irais dans ton sens en disant que dans les deux cas, impro et théâtre, si tu te sens confortable, tu fais qqchose de mal, haha. Mais je pense que Gab a raison aussi en disant que l’improvisateur qui se donne entièrement au jeu subit des angoisses qui restent inconnues au comédien dans la stricte sens du terme.

  3. Pour ma part, j’appuie le commentaire précédant de Fred. Le Théâtre est un terme très large. Dans cette rubrique, on perçoit le Théâtre comme étant l’art d’apprendre un texte et le livrer de façon  »comfortable »? Je reconnais qu’un débat sur la question de la valeur théâtrale de l’Improvisation de ligue est nécessaire en Acadie. Toutefois, la compréhension de ce qu’est le Théâtre me semble assez faible dans ce texte. Par la perceptition de ce qu’est le travail de comédien, surtout. La réflexion n’est pas poussé bien loin.

    À vrai dire, l’Improvisation de ligue est une manifestation théâtrale à part entière. Si il y a encore des sceptiques, tant pis. Si il y a des artistes de théâtre qui ne reconnaissent toujours pas la valeur de l’Improvisation de ligue dans le monde théâtral, c’est qu’ils se ferment les yeux. Il est important de marquer la distinction entre l’improvisation de ligue telle qu’on la connait, et l’improvisation comme technique de travail et de création pour les comédiens. En d’autres mots, l’une est une méthode de spectacle et de divertissement instantanée, tandis l’autre est une méthode de recherche.

    Je crois que l’auteure aurait avantage à se poser la question suivante : Qu’est-ce que l’improvisation de ligue et les productions théâtrales (basées sur un texte) peuvent partager? La rubrique serait beaucoup plus pertinente. Comme l’auteure, je suis d’avis que les gens qui ne pratiquent que l’improvisation ont beaucoup à tiré des méthodes de travail dans les productions, de la recherche de personnage et du développement d’une histoire. Par ailleurs, les comédiens qui travaillent au sein de productions peut tirer des bienfaits de l’improvisation. En un sens plus large, je crois que tout artiste créateur peut alimenter sa pratique en participant à des improvisations, de ligue ou de recherche.

    Xavier Lord-Giroux

    • Parfaitement, l’une peut être au service de l’autre. Je suis plutôt content que l’article a suscité une conversation sur la question, les définitions de ces termes, et l’interaction entre les deux activités.

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