L’improvisation, l’école de la vie

Par Philippe St-Onge

1517652_1391903431061257_348558488_nJ’ai commencé à faire de l’improvisation en 1992 alors que j’étais en 7e année à l’école St-Jacques. J’ai pris ma retraite officielle du jeu en 2011 avant la naissance de mon fils.

Ça fait donc 22 ans que je fais de l’improvisation.

Vous cachez mal votre confusion. Plus de 10 000 km nous séparent et j’ai quand même pu entendre l’ouverture de votre application calculatrice. Oui, 2011 moins 1992, ça donne 19 et non 22. Ajustez les variables. Si vous faites 2014 moins 1992, ça donnera 22. Eh voilà. Malgré ma retraite du JEU d’improvisation, je n’ai jamais réellement arrêté d’improviser.

L’improvisation est beaucoup plus qu’un jeu où on s’amuse à faire des « sketchs » en « joggings » devant une foule. C’est une véritable boîte à outils, une école de la vie. Au cours des prochaines lignes, j’étalerai des exemples concrets tirés de ma propre carrière professionnelle, mais sachez que peu importe votre futur choix de carrière, ou futurs choix de vie, vos habiletés d’improvisateur vous seront vraiment utiles !

486691_1386643294920604_1036904559_nTout d’abord, une brève mise en contexte sur ma situation professionnelle. Je suis biologiste marin. Rien à voir avec les arts scéniques, vous me direz. Effectivement. Ça n’a rien à voir. Je suis un de ceux qui est malheureusement pris dans le « trou noir académique », un endroit très facile à pénétrer, mais virtuellement impossible d’y sortir indemne. Seulement les meilleurs 1% réussissent à se procurer un billet pour un poste de professeur-chercheur dans une université. Ceux qui se dénichent un billet sont ceux qui publient le plus dans des journaux scientifiques. « Publish or perish. » Pour publier, tu dois posséder de bonnes habiletés d’écriture, travailler beaucoup, être efficace, faire preuve de respect envers la démarche scientifique, toujours rapporter la vérité et, surtout, demeurer disponible au plus grand nombre de collaborations possibles. Bienvenue dans le monde académique. Mon monde.

Je dois donc constamment trouver le moyen de capter l’attention de ceux qui ont du travail à m’offrir. Dites-moi donc qui est mieux placé qu’un improvisateur pour capter l’attention? Voici donc quatre exemples de comment j’utilise des concepts appris en improvisation à tous les jours dans mon travail afin de m’attirer des avantages.

  1. Présentation de mes résultats de recherche dans un congrès international devant des centaines de chercheurs universitaires. Moment idéal pour me faire connaître dans la communauté scientifique. La plupart du temps, je suis sur une scène. Je ne mémorise pas ma présentation comme certains le font. Je ne regarde pas mes notes. J’improvise. Je fais une performance. Une improvisation solo comparée de 12 minutes. Il faut faire preuve d’efficacité. Ma voix projette jusque dans le fond de la salle. Je regarde le public dans les yeux. Je me positionne à l’avant de la scène. J’optimise le non-verbal. Je raconte mon histoire. Comment ai-je cueilli mes données, arrivé à ces résultats ? Mes résultats montrent quoi et pourquoi sont-ils si importants pour notre domaine. Ce qui est primordial, c’est de demeurer intéressant, du début à la fin. Pas besoin d’être drôle… quoiqu’une bonne blague bien placée ne fait jamais de tort…
  1. 1484091_1386643774920556_1687895392_nRencontre face à face avec un chercheur universitaire dans un congrès international. Je vois mon patron arriver avec une de ses connaissances qu’il s’apprête à me présenter. Ah… les fameuses premières impressions, ces improvisations mixtes que tous veulent gagner. Je ne connais pas encore le personnage de mon adversaire. Je demeure composé. Je lui dis bonjour. Une bonne poignée de main. Je commente son chandail de Twin Peaks, même si je n’ai jamais écouté la série, juste pour lui montrer que je suis sensible à la culture, pour détendre l’atmosphère. (Les biologistes n’ont pas de code vestimentaire). On part maintenant les choses sérieuses. J’écoute ce qu’il me dit en sirotant une gorgée de café gratuit que je viens de me couler. Je l’écoute puisque c’est mon seul caucus et je dois capter le thème de notre improvisation. Il termine son introduction formelle, c’est à mon tour. Je joue le personnage d’un jeune chercheur confiant, en pleine possession de ses moyens, même si, dans le fond, je suis probablement l’humain avec le plus d’insécurité dans la pièce. J’improvise. Je joue sur son non-verbal. J’optimise les propos qui semblent lui plaire et je laisse tomber ceux qui le rendent perplexe. Je fais preuve de respect et je lui redonne souvent la parole. Nous échangeons. Les cinq minutes s’écoulent. Sifflet. On passe au vote… collaboration future? MAJORITÉ!
  1. Question de mon patron qui entre soudainement dans mon bureau : « Comment les choses avancent ?» La vraie réponse, c’est qu’en recherche, il n’y a jamais rien qui avance. Même sans procrastination. C’est vraiment long un projet de recherche, surtout en génétique des populations. C’est d’ailleurs une loi de Newton. Un objet inerte a tendance à vouloir demeurer inerte. Même si ton patron sait que les choses avancent lentement en recherche, il me pose quand même toujours la même maudite question. Donc le thème de mon improvisation, c’est de parler de quelque chose que j’ai réussi à régler en une heure plus tôt dans la journée, et d’en parler pendant cinq minutes, sans arrêt. Je donne le plus de détails possibles, j’exagère et je parsème mon récit de blagues. Assez pour dévier l’attention de la vraie réponse et satisfaire mon patron jusqu’au sifflet.
  1. 1476600_1386658341585766_1720904374_nEn entrevue, on me pose une question sur un sujet que je suis censé maîtriser, mais qui m’est complètement inconnu. C’est comme croire entrer sur une mixte libre et t’apercevoir qu’en réalité, tu viens d’entrer dans une à la manière de Guy de Maupassant. Ah ben boswell. Je pédale fort comme la mort. Je n’ai plus choix. Je fonce. Sinon, j’aurai l’air con. Et dans cette « business », pas le temps d’avoir l’air con. J’essaie donc de puiser loin dans ma culture de concepts biologiques plutôt similaires que je connais pour écrire une réponse cohérente et intelligente. Le pire, c’est que la plupart du temps, quand je retourne chez-moi et que je pense à ma réponse, je me rends compte que finalement, ma réponse, elle était super pertinente!

Je me rappelle quand j’étais ado ou même à l’université et que j’annonçais à mon père que je partais en tournoi. Il me demandait toujours quand j’allais arrêter de faire de l’improvisation et me concentrer sur mes études. Si seulement, à ces moments, j’avais su…

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2 réflexions sur “L’improvisation, l’école de la vie

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