Motiver une impro

Par Michel M. Albert

Étant le premier de trois articles sur la problématique de faire avancer une improvisation.

Problème : Les impros ne sont pas motivées parce qu’elles n’ont pas de motivations!

Qu’est-ce que ça veut dire « motiver » une impro? Je crois qu’on confond souvent « des choses arrivent » avec la « construction ». Ce n’est pas la même chose.

10373760_635909139816887_1383650146512855842_nOn fait des actions qui suivent des actions, donc il y a des choses qui se passent, mais AUCUNE RAISON POURQUOI elles se passent. On ne peut pas tout simplement « amener ça à quelque part » si on ne sait pas pourquoi on l’amène là. Les personnages ont besoin de motivations, sinon, ils peuvent changer d’idée comme ils changent de bobettes. Et on voit ça souvent.

Exemple : Si un douanier m’arrête pour me fouiller et qu’il trouve des armes (mettons). Il ne peut pas décider tout à coup que c’est statique et de me laisser aller pour laisser un autre joueur passer aux douanes. Parce quelle est sa motivation?? Ça fait pas de sens pour le douanier dont la motivation est de faire sa job de laisser aller le criminel. Mais on voit ça souvent, des choses comme ça.

Ou des troisièmes joueurs qui rentrent pour juste détourner l’impro (enlever l’échelle, détruire quelque chose, puis se cacher). POURQUOI? C’est juste pour qu’il se passe quelque chose, et ça n’a pas de raison logique ou esthétique. S’il n’y a pas de motivation au personnage OU au « metteur en scène » (quand on parle de faire quelque chose arriver pour faire avancer l’impro), on ne va nulle part, même s’il y a des choses qui se passent.

Et c’est extrêmement difficile de trouver inspiration parce que les choses ne se suivent pas vraiment. C’est toujours à recommencer, on dirait. Un moment suit l’autre, mais aléatoirement. Chaque moment n’est pas inspiré ou conséquent du dernier. Voilà pourquoi il est important de rester à l’écoute de l’improvisation et proposer des éléments qui logiquement découlent de ce qui a été établi précédemment.

Problème : Les problèmes sont plus intéressants que les solutions. (Attention, il y a un « oui mais non » à la fin du texte.)

Une des erreurs que des joueurs font souvent est de trouver une solution au problème que l’impro propose. Tout est réglé avant que l’impro ne se termine et il n’y a plus rien qui se passe. Pourquoi?

10351915_643032842437850_8267921744551202345_nParce que tant que le problème des personnages persiste, il y a une intrigue, les personnages ont une motivation (un but qu’ils essaient d’atteindre) et l’histoire n’est pas finie. Pourquoi voudriez-vous finir l’histoire avant la fin de la durée?? Il est donc mieux de faire chaque solution créer un nouveau problème pour garder le feu allumé.

CEPENDANT!!!! (Oui, mais non.)

Ne pas confondre « le problème que propose l’impro » avec « n’importe quel problème ». Encore une fois, c’est une question de motivation. Il faut que le problème proposé soit à la base de l’histoire, la RAISON qu’on raconte l’histoire, sa PRÉMISSE.

On ne veut pas voir des problèmes qui ne font que retarder l’action sans rapport à la prémisse. Par exemple, si on décide d’aller un cinéma, soyons d’accord que le problème surviendra là. ALLER au cinéma n’est pas un « problème » en soit, mais combien de fois avez-vous vu des impros où la voiture ne veut pas démarrer pour même y aller? Ou que les personnages n’ont pas d’argent pour rentrer? Etc. etc. Un problème peut devenir la prémisse, mais ici on parle de problèmes qui ne nous amènent nulle part.

Si, dans notre exemple, le problème est ne pas avoir d’argent pour entrer au cinéma, l’impro pourrait devenir une aventure où nos personnages essaient de se glisser dans le cinéma alors que des portiers les cherchent, etc. Ça pourrait être intéressant. Mais trop souvent, dans l’impro mal motivée, rien n’arrive. Quelqu’un donne une solution facile (argent trouvée, prix négocié à la baisse, portier laisse les personnages entrer vu que le jeu est rendu statique), et les joueurs trouvent, dans le fond, une autre raison pour NE PAS JOUER L’IMPRO! C’est très frustrant pour le public.

Il faut comprendre d’abord qu’une impro est une histoire racontée au public, et chaque joueur est appelé à raconter cette histoire et de la rendre intéressante. Explorons donc ensemble le conflit/défi/obstacle/problème au lieu de 1) le régler rapidement ou 2) trouver une façon de ne pas l’explorer en mettant notre attention sur des détails ni importants, ni intéressants.

Dans le deuxième chapitre de cette série : Imposer, c’est proposer.

Vous voulez écrire un article? Communiquez avec Isabel Goguen à improvisationnb@gmail.com!

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3 réflexions sur “Motiver une impro

  1. Ça me fait penser à l’atelier que la LNI était venue donner à la LICUM quelques années passées. Je me souviens encore de l’impro durant laquelle, dans un restaurant, Joëlle (je crois) à perdu ses eaux et le réflexe immédiat a été d’appelé l’ambulance et ignorer l’opportunité. Sophie Caron à arrêter l’impro en disant que l’ambulance était prise dans un embouteillage et qu’ils devront dealer avec l’accouchement sur place. C’était tellement drôle et intéressant de voir les improvisateurs acceptés ce moment au lieu de s’en débarrasser dès qu’il arrive. Parce que vraiment, suivre les joueurs dans une ambulance où, une fois arrivé à l’hôpital, le service d’accouchement aurait été offert par des pros aurait été pas mal moins fort.

  2. Ping : Idées sans conflits | Improvisation NB

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