Moments Impromptus : Outre le miel (Méditation postmoderne)

Par Michel M. Albert

Un moment impromptu – ainsi nommé pour mon groupe d’improvisation exploratoire – c’est un moment où l’impro transcende les joueurs, où ce qu’ils font, souvent sans savoir pourquoi ils le font, génère un deuxième ou troisième niveau. C’est un cadeau des dieux de l’impro, quelque chose qui rend notre impro mémorable et hautement analysable. Après le premier article soulignant un tel moment, on m’a demandé d’en fournir d’autres.

OLYMPUS DIGITAL CAMERANous retournons en arrière à l’été 2007, à une des premières performances des Impromptus. Le format de spectacle : Une pièce de théâtre improvisée qui s’intitule « Outre le miel – une méditation postmoderne » se veut un défi incroyable. La mise en scène est créée par Carolynn McNally qui ne jouera pas. Annik Landry et Sylvain Ward ne peuvent être présents et l’aident avec des éléments multimédias (films, champs sonores). Moi, Bass Levesque et Etienne Boivin devront la jouer.

Le résultat est l’expérience d’impro la plus intense que j’ai jamais vécu, la plus épeurante, la plus difficile, et donc la plus satisfaisante parce que c’était exactement le genre d’expérience que je voulais avoir avec les Impromptus. Prenez un grand souffle, l’analyse est longue et riche, mais j’espère que vous y trouverez non seulement du divertissement, mais aussi un regard sur la psychologie, la culture et l’histoire de l’improvisation au Nouveau-Brunswick et dans la vie d’un joueur à travers une longue carrière. Prêt pas prêt, on y va.

D’abord, réalisons les contraintes sur nous, les joueurs (c’est ma seule perspective). Trois actes intitulés Création, Destruction, Création (mais le public ne sait pas ça). Dans chaque acte, trois scènes sans thème, dont deux ont des éléments de difficulté (clips sonores, diapositives). De plus, il faut faire un parallèle thématique avec des vidéos surréelles, respecter trois décors, et essayer de suivre ce que nos tables (les Impromptus sont chacun jumelés à une partie du public qu’ils visitent entre les actes) nous imposent (ce qui a été fait en passant). Ah oui, et ça s’appelle « Outre le miel » (qui est abstrait et imagé en soit) ET c’est une « méditation postmoderne » (qu’est-ce que ÇA ça veut dire?!). Et on n’est que trois. Et il n’y a pas grand public (la moitié de l’habituel, pour une raison ou l’autre).

Ok, on a d’abord fait notre recherche. Les éléments de postmodernisme que l’on a choisi d’explorer :

-L’art qui parle de l’art, le médium qui fait un commentaire sur lui-même.

-Le changement de perspective, d’un cadre/narrateur omniscient à des perspectives plus intérieures et subjectives.

-Le pastiche du genre, parodier un peu notre art.

-Le plongeon dans une sous-culture, dans un monde marginal pour le public.

Les éléments créés par les autres Impromptus allaient ajouter, de toute façon, un cinquième élément de postmodernisme :

-L’utilisation éclectique d’autres médias insérés dans le narratif.

Donc le choix des joueurs : Plonger le public dans le monde de l’impro, une sous-culture qu’on connait bien, mais qu’ils connaissent que de surface. Qu’est-ce qui se passe dans la tête du joueur ENTRE les impros, entre les matchs? C’était notre façon d’explorer l’art de l’impro dans un spectacle d’impro. Sachant que le thème de la soirée était création/destruction/création, notre « arc » allait être, dans la mesure du possible, de commencer jeunes coqs de l’impro « old school », de passer à travers le moment difficile où on est confronté à d’autres styles sans rien n’y comprendre, et d’en ressortir avec une nouvelle façon de faire, une nouvelle approche à l’impro. C’est une histoire très personnelle, c’est aussi l’histoire des Impromptus.

Et parfois par dessin, parfois par instinct, parfois par chance incroyable, on a créé un tableau interrelié de l’expérience d’impro.

Acte 1 – Création

act1La vidéo : Annik sur le bord de l’eau, sa fleur…

Décor : Banc sur la rue Main. Éléments : La fleur d’Annik, carte routière de la ville, souliers de femme.

 

 

Scène 1

Les trois rentrent en même temps, sur la rue après un show d’impro. Bass et moi n’ont jamais eu de noms dans la pièce, Etienne était « Jean ». On est des jeunes coqs qui viennent de rentrer dans la Ligue (on nomme jamais les ligues ou les tournois, ou de vrais joueurs), et on vient de gagner tous les trois une étoile. On est old school au boute : On parle contre les « à la manière de », les filles sont pas bonnes comme les gars, on félicite Etienne pour son « backpunching » et son « anti-construction ». On est HOT (dans nos têtes). Essentiellement, Bass est le plus vieux, celui qui parle bien, un peu notre guide. Mike est le gros parleux qui jure tout le temps et lance des opinions mal formées. Etienne est la recrue qui se fait découvrir et qui pense déjà tout comprendre.

*Ce que je trouve hot : J’avais mon sifflet dans mon sac, je l’ai donc sorti et commencé chaque scène sur un sifflet, comme si un match venait de finir. L’idée à Bass : On s’assoie sur le banc avec la mimique de « See no evil, hear no evil, speak no evil » car nos personnages sont des joueurs incomplets et fermés (de leur point de vue, ils sont abasourdis par leur propre talent). Etienne joue avec la fleur, parce que la fleur, c’est Annik, et Annik, c’est notre muse, c’est l’impro elle-même. Etienne est inspiré tout de suite, il joue avec la fleur.

Scène 2

Encore une fois, on est après un match, sur la Main pour aller prendre une bière, le banc est la terrasse du Navs ou quelque chose. On vient d’être choisis pour l’équipe-étoile, mais Etienne (Jean) a juste fait substitut. Donc c’est la discussion de pourquoi un tel l’a fait, que c’est politique, et inquiètes-toi pas, etc. Vous avez tous déjà entendu ce genre de chose dans votre expérience d’impro. Eh bien, c’est cette scène-là.

*Ce que je trouve hot : Bass joue avec la fleur maintenant, mais Etienne joue avec la carte routière – il ne sait plus où aller, il est perdu tout à coup parce qu’il se croyait bon et l’entraineur ne pense pas nécessairement la même chose.

Scène 3

C’est la brosse juste avant le départ pour le Tournoi. Il est tard, et on décolle dans 3trois heures. Nos joueurs sont complètement irresponsables et se voient déjà en finale. Invincibles. Pas besoin de dormir, nous autres. Et toutes les conversations de coq à propos de « rincer » les autres équipes, et bien sûr notre recrue sait pas que Laval, c’est à Québec, etc.

*Ce que je trouve hot : Bass ne peut pas nous appeler un taxi parce qu’il oublie toujours le numéro – il ne sait pas ce qu’il fait, nous non plus, mais on ne le sait pas. C’est signe que notre voyage est voué à l’échec.

*Notes sur l’acte : Quelque chose de semi-conscient de la part des joueurs, c’est qu’on voulait refléter le style d’impro qu’on présentait dans l’acte dans notre PROPRE style d’impro. Alors ici, c’est du rigolo pis du cabotinage pis du garroché un peu, comme des impros de gars saouls (on n’est pas si saoul que ça sauf dans la dernière). Ah oui, les souliers n’ont pas été utilisés ou même remarqués. Pourquoi? Ce sont les souliers de notre muse, tout simplement une touche de scénographie qui nous dit que « l’inspiration est passée par là ».

Lien avec la vidéo : Pour moi, c’était clair, et je faisais référence à l’impro un peu avec cette métaphore (j’espère que je ne tapais pas TROP fort là-dessus). Annik (notre impro) était sur le bord d’un vaste océan de possibilités, mais on était juste sur le bord. On se plaisait à juste toucher la surface, pas à plonger dedans.

Entracte : Ma table était mystifiée par la vidéo et les parallèles, alors je leur ai donné ma clé. Annik = muse = impro. C’est là qu’ils m’ont demandé pourquoi je n’avais pas touché la fleur, parce qu’eux autres ont compris que c’était également un symbole de tout ça. Donc, j’avais à le faire. Bass et Etienne ont eu des directives de « perdez contre Laval » et « soyez à un party où vous parlez avec du monde que vous n’aimez pas ». Pas de problème.

Acte 2 – Destruction

act2La vidéo : Sylvain en sorte de Charlot/clochard sur le banc avec une fleur dans les mains. Il pleut. Il tonne. Il éloise. Chaque fois qu’on revient à Sylvain, sa fleur est en pire état. Fanée, puis disparue. Ensuite, Annik est sur la plage en train de faire un feu.

Décor : Trois petits banc de bois tournés vers un feu (créé de cire et de cuillers pliées). Pas de souliers de femme.

Scène 1

Nos gars sont au Tournoi, mais après la première journée, à un party, en train de donner leurs « excuses » à des personnes invisibles. C’est évidemment des conversations gênantes où d’autres joueurs nous disent nos quatre vérités. On s’est fait rincer par Laval, et les juges ne nous l’ont pas donné contre Chicoutimi non plus. L’important ici, c’est que nos personnages ne se parlent pas avant la fin de l’impro; ils ne conversent qu’avec des personnages hors-scène.

*Ce que je trouve hot : Pas de sifflet, c’est fini ça, on ne le réalise peut-être pas, mais notre impro « match » est en train de disparaître de la pièce. La fleur d’Annik est encore en jeu, et j’interagie avec (complétant ce cycle thématique). Voir aussi notes sur l’acte.

Scène 2

Ensuite vient une impro avec la voix à Sylvain sur haut-parleur qui lit un poème, parle de sa fleur, fait des bzzz bzzz, etc. et on peut intervenir entre ses lignes. C’est le moment où on va salir nos hardes, si vous savez ce que je veux dire. Nos personnages ET nous. Pendant le caucus et premier clip, on est en train de fouiller dans une boîte d’accessoires fournis et Bass met une tête d’ours. Ok, j’enfile un « medicine bag » amérindien. Etienne, de panique, met un masque de théâtre. On va autour du feu, et là on veut faire quelque chose d’abstrait et d’intérieur. Bass gronde. Moi je fouille dans mon sac obsessivement mais il est vide. Etienne jase plus en parallèle avec la voix. On est dans notre match avec UQAM, mais c’est une abstraction de ce qui se passe vraiment. Etienne ne comprend plus, il a tout perdu ce qu’il avait. Moi aussi, Bass aussi. Mon sac de trucs est vide. Etienne sacre sont masque au feu en disant « j’ai pus rien d’autre à donner ». Les deux abandonnent et je reste au feu, je pense avoir trouvé un tison, mais dans les clips sonores, il y a du tonnerre et de la pluie. On sacre nos accessoires et la fleur blanche dans le feu et on abandonne la scène.

*Ce que je trouve hot : Non seulement l’impro (la fleur) meurt, mais on sacre au feu la « trinité » de l’impro old school – notre compétitivité (l’ours), nos trucs, stratégies et facilités (le sac) et nos gros personnages préfabriqués (le masque). Tout ça nous a failli dans ce nouvel environnement d’impro. La voix de Sylvain cherche sa fleur, ne la trouve plus. Les bzzzz bzzzz sont deux choses : 1) par rapport à la fleur, il est l’abeille qui cherche le pollen/miel du titre, et 2) tout ce que mon personnage peut entendre, il ne comprend plus rien, tout est un bourdonnement dans sa tête. On jouait de peur, laissez-moi vous le dire, tout comme nos personnages jouaient de peur. La vérité se mêlait à la fiction. (Et voir Acte 3.)

Scène 3

On change les bancs de place pour créer une auto, et s’est le retour à la maison. On est brûlé et on crie au trichage. Ce n’est pas de l’impro, ça! C’est du théâtre. C’est du trichage. Retournons à la maison au plus sacrant! Mike laisse glisser que peut-être que c’est NOUS le problème, peut-être que ce n’est pas mal du tout, le style « théâtral », il faut évoluer (il a trouvé le tison, après tout), mais c’est plutôt rejeté comme observation, la blessure est trop fraiche.

*Ce que je trouve hot/Notes sur l’acte : Je pense que c’est super-intéressant de voir nos personnages old school être confrontés à l’inconnu. Dans les deux premières scènes, ils sont soudainement en train de faire du « style », des « concepts » et de « l’à la manière de/dramatique/abstrait ». Les clips sonores représentent cette confrontation avec une nouvelle façon de faire, catégories flyées, etc. Et ils ne comprennent plus rien. Ça les démolit. Ça les fait perdre leur amour pour le jeu, et leur confiance (étaient-ils reliés, dans le fond?). Dans l’auto, c’est un retour à la sécurité. L’impro est dans le moule classique et même « physique » (dans le sens qu’on mime un MAUDIT char – ça pourrait difficilement être plus old school). Nos personnages ont également brisé le décor pour le transformer à leur image, un rejet total de la « nouvelle » impro, on s’en va!

Liens avec la vidéo : Au début, on pensait considérer Sylvain comme « Rino », un joueur qu’on ne voit jamais, mais qu’on mentionne, un « choker » qu’on ne respecte pas. Mais vraiment, Sylvain, il est le Joueur avec un grand J. Il est nous trois. Le Tournoi est un orage. L’eau qui, dans l’océan, faisait état des possibilités, maintenant nous tombe dessus sans remords. Nos personnages n’étaient pas ouverts à ces possibilités, et ils perdent leur inspiration dans la tempête. Pourtant notre muse essaie d’attiser les flammes de notre énergie. À la fin de l’acte, notre inspiration paraitra pas mal éteinte… mais le sera-t-elle?

Entracte : Nos tables sont contentes de voir leur contribution respectée et qu’il commence à y avoir « de la chair sur l’os ». La mienne est particulièrement enchantée qu’une nouvelle fleur soit placée dans le troisième décor et me dirige là où j’allais de toute façon. Les autres tables nous indiquent qu’on devrait maintenant être plusieurs années plus tard. Ok.

Acte 3 – Création

act3Vidéo : Annik se noie. Une bouilloire qui laisse aller de la vapeur. Plus tard, on la revoie sur la plage, elle va un peu plus creux dans l’eau cette fois, et semble aussi joyeuse qu’avant.

Décor : Un café. Table, 2 chaises. Une théière et 2 tasses. Un pot de fleurs rouges-oranges et vives. Au pied d’une chaise, les souliers de femme.

Scène 1

Plusieurs années plus tard, nos joueurs sont des « anciens » qui jouent ici et là dans des événements d’exhibition. Mike rencontre Bass au café, il a un projet à proposer. Il offre du thé chinois. Bass est un gars à café, mais il essaie et plus tard trouvera qu’il y prend goût. Le projet à Mike est vague, mais ça pourrait être les Impromptus dans le fond. Un spectacle d’impro sans bornes, sans le « old school », sans bandes ou arbitre. Il cite la confrontation Laval/UQAM comme un point tournant qui lui a mis le germe de l’idée dans la tête. Bass est définitivement intéressé.

*Ce que je trouve hot : Évidemment, le thé = nouvelle impro, ça c’est clair, tout comme les fleurs brillantes. Mon personnage laisse aussi entendre l’histoire que dans le temps, on est était primitifs, des hommes des cavernes de l’impro, des animaux qui jouaient par instinct mais qui ne comprenaient pas la nature du spectacle. J’ai seulement réalisé après comment ça faisait référence à notre impro abstraite de feu de camp!!!. Les souliers de femme sont là, encore une fois sans interaction, car l’inspiration est ici.

Scène 2

Etienne/Jean arrive au café, il nous a vus de loin. Il s’intéresse au projet, mais ce qu’il veut vraiment, c’est une LIGUE. Il est résolument old school, pour la vie. On lui dit ce que qu’on veut faire, et il recule, et puis on verra, et puis il va bien y avoir une réunion, etc. Il ne comprend pas notre concept, puis on a une discussion sur l’humour et si c’est nécessaire. En même temps, il y un diaporama sur le mur derrière, parallèle à l’action (voir hotness, ci-dessous).

*Ce que je trouve hot : On offre du thé à Etienne/Jean, et il ne veut rien savoir de ça. Il est un gars à café. Sylvain dans les diapos pendant ce temps est finalement le Joueur Old School. Sylvain semble inconfortable avec la tasse de thé dans les mains, il échappe sa fleur, il marche dessus, il est au désespoir. Ça marche assez bien avec ce qui se passe dans la tête de Jean, là!

Scène 3

Ok, comment on fini ça? Pourquoi pas faire une dernière impro introspective? Les personnages sont à la même place que dans la précédente, mais parlent dans le vide, vers le public. On entend leurs pensées. On prend chacun notre tour à parler, deux-trois fois. Bass, puis Etienne puis moi. Bass et moi, on parle de la philosophie du « nouveau jeu », Etienne reste old school et parle de faire rire et de la compétition. À mesure que ça avance, Caro et son assistant enlèvent des éléments de décor. À la fin, il ne reste que les joueurs, et sur mon dernier discours, je réduis tout ça à l’équation de Robert Gravel : Je suis A et je propose cette idée. Etienne enchaine : Je suis B, et j’ai une meilleure idée. A : J’entends ta proposition et je l’accepte, travaillons ensemble. Bass : Je suis C, je viens amener un élément perturbateur. DING, c’est la fin (Caro, sur scène, avec la cloche que les Impromptus utilisent au lieu du sifflet, nous laisse la taper quand on veut).

*Ce que je trouve hot (Bass) : Il parle toujours très bien d’impro, mais son discours sur la connexion entre joueur et public et du POURQUOI on fait ça, était très révélatrice et intéressante.

* Ce que je trouve hot (Etienne) : Il brise le 4e mur. En plein milieu de râler à propos de faire rire, il réalise que là, tout de suite, il ne fait PAS rire, il ne fait rien, et il capote. Qu’est-ce qu’il fait là? Ça donne également un frisson quand il annonce que « Jean » ne va pas survivre la soirée, qu’il va cesser d’exister. Etienne se divorce de Jean en meta-impro, en parlant de lui soudainement à la 3e personne et en avouant ses limites.

* Ce que je trouve hot (Mike) : En réaction à Jean, qui ne comprend évidemment rien, Mike fait un discours sur le silence (Jean a peur du silence). Quand il y a du silence, ce n’est pas que c’est plate, c’est que le monde écoute, veulent suivre. Tu tiens leur attention. Je dois vous avouer que livrer un tel discours dans le silence écrasant de notre salle était difficile, parce que dans ma tête, j’ajoutais toujours « n’est-ce pas? Dites-moi que j’ai raison! ». Quand Caro enlève les objets, je me lève (elle prend ma chaise) en déclarant que j’aime le vide, qu’on n’a besoin de rien. C’est une déclaration qu’en impro, c’est bien beau tous ces accessoires, mais on n’a rien besoin sauf soi-même… et les autres (d’où le A+B+C).

* Ce que je trouve hot (autre) : Le fait que nos personnages n’avaient pas de noms devient intéressant dans la séquence finale (et celui qui avait un nom s’en débarrasse). Essentiellement, Bass et moi sommes restés des joueurs en devenir, malléables comme l’eau (selon une ligne à Bass un moment donné). Nos personnages se veulent universels et sans noms. Jean avait besoin de son nom. Il était là pour FAIRE son nom. Il n’était pas au service du spectacle, mais à son propre service.

*Notes sur l’acte : Notez que là, nos personnages (hormis Jean), sont à la prochaine étape de leur carrière. Ils dictent leur façon de jouer. Impro comme on la connait? Catégories expérimentales? Style, introspection et déconstructivisme? Silences? Pas drôle? Ils peuvent tout faire, et n’ont pas de sentiment de panique. Ils ne disent « non » à rien, même Etienne une fois dévêtis de Jean pour accepter la déconstruction finale. Que Caro nous offre d’également terminer l’impro au moment de notre choix est donc également parfait et sublime.

Liens avec la vidéo : Notre inspiration s’est noyée dans un « trop » de possibilités, mais là où certains se sont noyés, d’autres ont réalisé qu’ils avaient été immergés dans quelque chose. L’eau qui bouille est cette percolation des nouvelles idées pour créer le « thé », cette nouvelle approche. Le thé est également quelque chose de plus « ancien » et relaxé, donc sage et zen (où le café est nerveux et à propos du « rush »). Quand Annik, notre muse/impro/inspiration renait, elle est capable d’avancer plus loin dans l’océan de possibilités… mais on est loin de l’avoir traversé.

Liens avec le titre : Finalement, le « miel » c’était pour nous « nos belles années » d’impro classique, où tout était facile, la gratification était instantanée, et on était des stars. Mais certainement, il y a plus que ça à l’impro?

Réactions : Je n’ai parlé à personne du public qui n’a pas appelé ça « vraiment bon ». Mais ce qui est plus important, c’est que plusieurs ont dit qu’ils avaient eu une vue intime dans la psychologie des improvisateurs et de pourquoi ils font ce qu’ils font. Des choses qu’on prend pour acquis, mais pour le public, c’était du nouveau. Ma table était encore plus encourageante, disant avoir vécu là quelque chose de spécial. À quelque part, je me demande si le très petit public aurait contribué à ce que la « méditation » sur l’impro devienne une conversation intime. De plus, il est peut-être intéressant que les trois seuls joueurs sur scène étaient les trois joueurs issus de la vieille école. Les trois plus vieux qui ont non seulement vécu les années old school, mais EMBRASSÉ cette façon de faire. C’était très personnel pour nous, cette performance, et le montant d’analyse faite après nous met nous-même dans le rôle du public. Nous étions témoin de ce moment nous aussi, bien que ses auteurs partiels.

Dans l’analyse finale, la beauté d’Outre le miel est que la pièce s’explique elle-même. Si les gens ont fait « COCÉ ÇA????!!!! » au début, à la fin, ils ont eu un manifeste des Impromptus qui explique clairement pourquoi on avait choisi de jouer comme ça, pourquoi on essaierait quelque chose de cette complexité-là, qui comprenait ce risque là, ce montant de pression-là. On venait de toucher à ce à quoi on aspirait quand on a créé les Impromptus. On voulait du sous-texte, on voulait du risque, on voulait faire penser, on voulait sortir de notre zone de confort. Je n’ai honnêtement jamais vécu une telle expérience, et elle reste le sommet de ma carrière et jusqu’à présent, l’ultime Moment Impromptu.

Vous voulez écrire un article? Communiquez avec Isabel Goguen à improvisationnb@gmail.com!

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