Oui, mais par chez-nous…

Par Alain Degrâce

10485300_659977590743375_4570073984943053297_nIl y a maintenant sept ans que j’ai quitté le Nouveau-Brunswick et que je me suis installé au Québec, plus précisément à Rimouski. J’avais déjà vécu un tel déracinement quelques années plus tôt, lorsque j’avais poursuivi mes études à Ottawa. Dans les deux cas, j’ai été fortuné de me tailler une place dans une ligue d’improvisation et continuer à nourrir ma passion, ce qui n’est pas toujours le cas pour ceux qui font le saut dans une nouvelle région.

Si je vous écris aujourd’hui, c’est pour vous parler de ces différences qui rendent parfois difficile le mariage de styles issus de régions éloignées. Il est déjà très compliqué de s’adapter à de nouvelles façons de jouer avec des nouveaux coéquipiers et adversaires, c’est une autre paire de manches quand vient le temps de comprendre les règles et les catégories auxquelles nous n’avons pas encore été exposées et qui sont présentes dans notre nouvelle niche.

Quoique l’improvisation soit une discipline universelle, le match d’impro, lui, ne l’est plus. Une première définition s’impose : ce que j’appelle le match d’impro, c’est ce que Robert Gravel et Yvon Leduc ont conçu et c’est ce que la L.N.I. a longtemps cherché à protéger. À travers mes voyages, rares sont les ligues qui adhèrent presqu’entièrement au canevas original. Ce n’est pas un secret pour personne : je suis et je serai toujours un grand défenseur de l’idée qui régit le match d’impro. Parfois à tort, mais jamais sans passion. C’est ce que mon mentor m’a inculqué et c’est ce que j’essaierai toujours de léguer à la prochaine génération.

1551771_662992147108586_4829042853891935927_nAyant débuté mon parcours au secondaire à Bathurst et ensuite ayant rejoint la Licum, j’ai reçu l’enseignement de plusieurs improvisateurs fidèles au match d’impro. À mon arrivée en Ontario, ma première exposition à un match d’impro qui abandonnait une ou même plusieurs des idées bien ancrées dans la version de Gravel m’a laissé perplexe. Je suis le premier à avouer que je n’ai pas très bien réagi à ce « clash » culturel. Comment pouvait-on créer des catégories à la tonne et laisser de côté celles qui avaient survécu à l’usure du temps et qui avaient pourtant si bien fait leurs preuves ?

J’étais mieux préparé à mon arrivée à Rimouski. Sachant que la bataille était trop grande pour m’opposer à la direction artistique des ligues auxquelles je me suis inscrit, j’ai préféré essayé de travailler avec ce qui était établi et m’adapter à mon nouvel environnement. Ce fut une approche beaucoup plus efficace, bien que personnellement, cela n’a pas toujours été facile.

Les ligues au Québec sont très nombreuses, tout comme les tournois. Ceci engendre une multiplication presqu’exponentielle de preneurs de décisions, voire les directions artistiques, les arbitres, les capitaines et/ou les présidents. Au fur et à mesure que la popularité de l’impro s’est accrue, les portes se sont ouvert toutes grandes pour recevoir de nombreux nouveaux initiés qui ne connaissent pas la base du match d’impro. Il n’est donc pas surprenant que j’ai déjà eu à expliquer, lors d’un tournoi dans lequel j’arbitrais, ce qu’était une humoristique et même, croyez-le ou non, ce qu’était une rimée.

10350438_638590979548703_8929351584704029938_nCe phénomène, en plus des parcours plus longs des joueurs d’impros (certains sont actifs depuis plus de vingt ans), invite donc la créativité à prendre place et à la tradition de retourner sur les tablettes, à ramasser la poussière. D’autres facteurs s’ajoutent au fait que le concept du match d’impro a éclaté. Comme exemples : certaines ligues sont présentes dans des bars où il n’y pas d’espace pour des bandes; d’autres sont formées d’amis qui se retrouvent le temps d’un été et qui n’a pour seul but que de se faire plaisir sur scène; et dans les plus grandes villes, tu peux retrouver plus d’une ligue qui joue le même soir, regroupant des joueurs de différents niveaux nécessitant donc des concepts de jeu différents.

Je suis d’ailleurs très ouvert à l’idée d’écarter le match d’impro complètement pour le remplacer par un concept totalement distinct. Je préfère cela aux modifications que l’on cherche à apporter au match d’impro de Gravel. Le plus récent exemple d’une soirée créée de toutes pièces qui fait rage au Québec est le Punch Club. Ce spectacle marie l’improvisation au concours de rap de rue, où il n’y aucune règle; seulement du « cash » à gagner en bout de ligne. Oubliez l’arbitre. Oubliez les bandes. Oubliez les gilets et les périodes. C’est un trois-contre-trois sans aucune règle autre que de se crinquer mutuellement pour apporter la foule à éclater de rire. Ce n’est pas un match d’impro, c’est tout autre chose et c’est bien ainsi !

1897817_614115661996235_5923011550292041757_nIl ne faut donc pas être surpris de croiser des styles différents lorsque vous voyagerez en dehors du Nouveau-Brunswick (et même à l’intérieur de celui-ci !). Avoir l’esprit ouvert est un pré-requis important si vous désirez vous inscrire à une nouvelle ligue d’improvisation. Bien qu’il se peut que vous vous sentiez dépaysé, sachez que, par votre présence même, vous aiderez votre nouvelle ligue à s’orienter un peu plus vers ce que vous connaissez du match d’impro simplement par votre style de jeu personnel et ce que vous amènerez dans vos discussions après les matchs. Mais attention ! Mon expérience personnelle m’a permis d’apprendre que pour étudier et discuter des matchs d’impro, les improvisateurs issus du réseau néo-brunswickois sont souvent les plus actifs à ce niveau. Vous devrez donc prendre votre mal en patience ou initier ces conversations vous-même !

Je connais des joueurs et des joueuses qui ont préféré ne pas se lancer dans des nouvelles ligues, sous prétexte que le style ne cadrait pas avec ce qu’ils ou elles avaient fait auparavant. Il y eut un temps où j’ai pris le même genre de décisions, mais avec du recul, je regrette de ne pas avoir été un peu plus ouvert. Certes, il n’est pas facile d’abandonner plusieurs années de formation (que je dois qualifier d’excellentes), mais un essai dans des situations inconnues peut permettre à l’improvisateur de s’épanouir davantage.

L’improvisation a toujours été, et sera toujours, en constante évolution. Bien que nous soyons plusieurs à aimer le match d’impro et ses règles, cela ne nous empêche pas d’apprécier la créativité et la liberté que nous offre un décor transformé. Tu peux toujours retourner au match d’impro plus tard si le cœur t’en dit.

Vous voulez écrire un article? Communiquez avec Isabel Goguen à improvisationnb@gmail.com!

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Une réflexion sur “Oui, mais par chez-nous…

  1. Je suis d’accord, et c’est difficile pour un puriste, mais il faut savoir laisser aller. En tournoi, évidemment, c’est fachant de ne pas avoir un terrain commun. En ligue, que chacun ait sa couleur est parfaitement légitime. Mais oui, plus on est proche de la formule LNIque, plus ça crée de confusion en tournoi. Si on veut innover, innovons! Allons loin! Les petits tweaks souvent inutiles ne sont pas nécessairement de l’innovation!

    Et un mot à Isabel qui a fait les choix de photos ici… BRILLIANT.

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