L’hymne nationale de l’improvisation : Une historique hymnotisante

Par Michel M. Albert

1hymnechanteeAu dernier tournoi de qualification, vu la thématique olympique et l’âge de l’entraîneur qui en coordonnait l’organisation, nous avons pu entendre l’hymne national de l’improvisation pour la première fois depuis assez longtemps. Plusieurs improvisateurs sont venus poser des questions à son sujet. Quelle est cette chanson? La chantiez-vous vraiment avant chaque match? Et ainsi de suite. Nous avons cru intéressant de les répondre ici.

« La feuille d’érable » (paroles et musique, Albert Larrieu) a la distinction d’avoir été considérée comme possible hymne nationale du Canada, perdant le concours à une p’tite toune un peu moins pittoresque intitulée « Ô Canada », et demeure aujourd’hui la marche officielle du Cadre des Instructeurs de Cadets. Vous serez sûrement surpris d’apprendre que le Canada n’a adopté son hymne actuel qu’en 1980, avant quoi on chantait, dans les écoles et événements sportifs, le « Ô Canada » que si l’on était francophone (et ce, depuis 1880), et « God Save the Queen » sinon!

Je dois avouer que bien que les deux hymnes ont été écrits d’abord en français, la version anglaise obligatoire de « La feuille d’érable » est plus boiteuse. Pierre Martineau, le premier maître de cérémonie de la Ligue Nationale d’Improvisation (LNI), avait reçu cette chanson de sa mère, par la voie de la tradition orale, et elle fut adoptée par la LNI pour débuter chaque soirée d’impro. Il s’agissait de reprendre l’idée de chanter l’hymne national comme on le fait aux matchs d’hockey, le cadre emprunté de l’impro-match, mais d’un angle un peu tordu.

2feuillederable« La feuille d’érable » s’apparente d’autant mieux à l’improvisation que « Ô Canada » parce qu’elle raconte une petite histoire loufoque. Moins patriotique, elle utilise les diverses nations comme personnages et résout l’intrigue avec une véritable deux ex machina. C’est une impro! Évidemment, quand l’impro-match est née au Québec en 1977, les ardeurs souverainistes venaient d’élire le Parti Québécois pour la première fois, et issue d’un théâtre contestataire, utiliser « Ô Canada » en ce lieu, à cette époque, aurait été pour le moins controversé. Mais tout de même, la chanson fini sur le mot Canada et nous reste pertinente ici, au Nouveau-Brunswick.

Avant de parler du séjour de la chanson ici, prenons une petite pause pour l’écouter et lire ses paroles (ci-dessous). La version que l’on trouve sur YouTube (et jouée à la Qualif 2014) est excessivement lente et folklorique (et bien moins vendeuse). À l’impro, on aime un tempo plus rapide. Je vous invite donc à écouter l’enregistrement des joueurs de la LNI qui LA CHANTENT ICI.

La feuille d’érable

Certain jour, le Bon Créateur
Fit dire aux peuples de la terre
« Que chacun choisisse une fleur
Et qu’on m’envoie un émissaire
Qu’on soit exact au rendez-vous
Chacun prendra la fleur qu’il aime
Cette fleur restera l’emblème
Du grand amour que j’ai pour vous »

Le jour dit, dans le paradis
Les envoyés se rencontrèrent
La France vint choisir le lys
L’œillet fut pris par l’Angleterre
L’Espagne eut un frais liseron
L’Américain un dahlia rose
L’Italien choisit une rose
Et l’Allemand un vieux chardon

Quand arriva le Canadien
Emmitouflé dans ses fourrures
Hélas il ne restait plus rien
Que des feuillages et des ramures
Saint-Pierre était plein de regret
Il caressait sa barbe blanche
« Je n’ai plus, dit-il, que ces branches
Tu peux regagner ta forêt »

Mais Jésus qu’on ne voyait pas
Intervint d’un cœur secourable
S’en alla choisir dans le tas
Offrir une feuille d’érable
Et c’est depuis ce beau jour-là
Qu’un peu partout dans la campagne
Sur la plaine et dans la montagneeeeeeeeeeeeeeeeee
L’érable croit au Ca! Na! Daaaaaaaaaaaa!

Et ici, en Acadie? Eh bien, l’impro a été exportée vers nos terres en grande partie par l’entremise de Radio-Québec (le même poste qui jouait Passe-Partout) qui, chaque dimanche soir, diffusait en direct un match de la LNI. C’était très complet, avec entrevues de joueurs, analyses définitivement meilleures que celles de Don Cherry, et tout sans coupures, de l’annonce des joueurs à celle des étoiles. Pour un jeune improvisateur, c’était l’école de l’impro. On y voyait les styles de jeu, les règlements et l’organisation du spectacle. L’impro au Nouveau-Brunswick dans les années 80s était un véritable calque de ce qu’on y voyait.

L’hymne national nous a été ainsi transféré, et nous nous donnions à cœur joie de le chanter avant chaque match. En tournoi, au premier match et à la finale, pour ne pas ambitionner. C’est une tradition qui s’est poursuivie dans les années 90s, mais avec la disparation de la LNI sur nos écrans (et au Québec, le rejet des valeurs LNIques par les ligues universitaires qui ne suivaient pas la tradition lors des Coupes universitaires d’improvisation), de moins en moins de joueurs connaissaient la chanson et voulaient la chanter.

3carochanteTout d’abord, cela s’est manifesté en un désintérêt qui faisait du chant de l’hymne un moment ennuyeux pour les chanteurs qui faisaient souvent exprès pour mal chanter, dans l’espoir qu’ils attireraient des rires. (Ils attiraient plutôt des punitions de mauvaises conduites, mais voilà une histoire pour une autre fois.) Dans la Ligue d’improvisation du Centre universitaire de Moncton (Licum), un attentat de sauver l’hymne en donnant à chaque équipe, à tour de rôle, la tâche hebdomadaire de le chanter avec son propre « twist » (à la manière de Chicago, avec des costumes, en mangeant des guimauves, etc.) l’a fait survivre quelques années encore, alors qu’ailleurs, la tradition s’est tout simplement épuisée. Une des raisons possibles : La tradition a cessée d’être transmise aux plus jeunes générations, car on avait peu de temps et d’intérêt à la faire chanter lors des tournois des écoles secondaires. Quoi qu’il en soit, par le milieu des années 2000, on ne l’entendait plus du tout.

Est-ce que la chanson est due pour un retour? C’est à chaque ligue de décider pour elle-même. Sa valeur reste dans ce lien avec notre histoire et donne un petit moment pour que public s’installe bien dans sa chaise. Si les joueurs ne veulent la chanter comme une chorale, cela peut être la tâche d’un maître de cérémonie, ou même d’un invité spécial (certains se souviendront peut-être du chanteur d’opéra qui est venu ouvrir un match, jadis, à la Licum). Mais personne sauf les vieux joueurs grisonnants ne semble s’en ennuyer non plus; on doit peut-être accepter qu’il s’agisse là d’un artefact issu d’une impro plus ancienne, comme les sirènes de fin de période et le poste d’organiste.

En savoir un peu plus? Petit reportage qui montre différentes versions en compagnie de Pierre Martineau.

Vous voulez écrire un article? Communiquez avec Isabel Goguen à improvisationnb@gmail.com!

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2 réflexions sur “L’hymne nationale de l’improvisation : Une historique hymnotisante

  1. Les ligues au Québec ont laissé tombé cet hymne mais certaines d’entre elles l’ont remplacé par un hymne rédigé pour leur ligue. Par exemple, à Rimouski, on y chante en unison : « Ce soir ! Ce soir ! Je sens qu’on va bien s’amuser. On va passer une belle soirée… car à la L.i.R. on s’éclate, à la L.i.R. on se gratte la ratte. Hé ! À la L.i.R. on s’éclate, à la L.i.R. on se gratte la ratte. Hé ! Hé ! Parce qu’on s’éclate ! Hé ! Hé ! Hé !

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