Prendre sa retraite de l’impro c’est facile, je l’ai fait 20 fois !

Par Elyse Hamel

966118_460157274058742_31493805_oIl suffit de faire quelques années dans le réseau de l’improvisation pour tomber au moins une fois sur un collègue qui annonce qu’il « prend sa retraite ». Après tout, on commence souvent sa carrière d’improvisateur au secondaire où à l’université, deux périodes dans la vie pendant lesquelles le changement est implicite. Mais est-ce que c’est réellement possible de prendre sa retraite de quelque chose comme l’improvisation ?

Déjà, on parle d’un parcourt en improvisation comme d’une « carrière d’improvisateur », terminologie qui suppose qu’on peut se retirer tout simplement en arrêtant de pratiquer le jeu. La question pour moi est plus fondamentale : la possibilité de retraite dépend de notre façon de se définir par rapport à l’improvisation : est-ce que c’est quelque chose que je fais (donc que je pratique de temps en temps pour le plaisir), ou est-ce que c’est quelque chose que je suis (est-ce que je me sert de l’improvisation pour me définir en tant que personne).

Déjà, si on s’est construit sa personnalité en fonction de l’improvisation, il sera quasi-impossible de s’en dissocier complètement. Même si on prévoit prendre un temps de recul du jeu, il est inévitable qu’on ressente encore une fois une attirance pour le milieu, ou une affinité avec des improvisateurs.

983644_611501065591028_5187721264890214289_nPourquoi alors insister pour prendre une pause? Au delà du débat de la pertinence d’annoncer ce retrait publiquement, il peut certainement exister des circonstances qui font qu’on a besoin de soit laisser à d’autre la chance de prendre la relève et de se développer, de se concentrer sur d’autres projets ou encore de prendre le temps de se questionner sur ses motivations de participer à l’improvisation.

Dans toutes les sphères de nos vies, l’inertie même à la stagnation, qui elle-même est source de frustration. Si on ne ressent plus de besoin d’innover, si on ne se passionne plus pour ce qu’on fait, si nos engagements nous semblent des corvées, on commence à se nuire à soi-même et à nuire au spectacle. Comme le suggère le titre de mon article, un retrait n’est pas nécessairement définitif, mais il peut aider au joueur, à l’arbitre ou au spectateur de redécouvrir sa passion. Il ne faut donc pas hésiter à prendre du recul lorsqu’on ressent qu’on n’a pas la même passion qu’avant. Après tout, nos vies sont faites de mouvance et d’évolution !

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12 réflexions sur “Prendre sa retraite de l’impro c’est facile, je l’ai fait 20 fois !

  1. Un de mes textes préférés sur ce site depuis longtemps, pcq en tant que retraité intermittent, c’est très bien dit. On peut se retirer d’une ligue, d’un réseau ou d’une équipe, mais pas de l’impro. On reste improvisateur,trice toute notre vie, ou alors, on ne l’a jamais été. Quand les gens me demandent de me présenter/décrire, improvisateur est le coeur de ce que je suis. C’est mon identité de base.

    • Merci Mike! Moi aussi je me considère comme intermittente depuis quelques années. J’ai finit par comprendre que je peux choisir à quel point je m’implique selon les saisons, sans que ça questionne mon identité de base d’improvisatrice. Et mon influence sur le jeu et sur les autres en devient plus pertinente et plus positive.

  2. Je me suis longtemps interrogé sur la notion de retraite en impro. Je suis content de lire cet article.

    Je suis d’accord que de tout couper est impossible pour ceux qui s’identifient à l’aide de l’improvisation. Une fois improvisateur, toujours improvisateur. Mais, je suis de l’avis qu’un joueur peut quitter la scène et annoncer sa retraite. Cela n’empêche pas la personne de travailler en coulisses et prendre d’autres rôles comme entraîneur, formateur ou organisateur.

    Les raisons qui peuvent pousser un joueur ou une joueuse d’annoncer sa retraite sont bien énumérées dans l’article. J’ajouterai que pour certains, la notion d’avoir un début et une fin bien définie est une notion fort intéressante. Fermer la porte au lieu de la garder entrouverte peut aussi être nécessaire pour un joueur dont les priorités ont évidemment changé mais qui pourrait se sentir interpeller pour revenir au jeu.

    Finalement, j’aimerais ajouter qu’il ne faut jamais dire jamais. Mais, des fois…

  3. Je suis contente que cet article sorte à la fin de l’année, un moment où plusieurs prennent le temps de réévaluer leur priorités, notamment ceux qui finissent le secondaire ou l’université et qui se trouve forcé de passer à autre chose d’une façon ou d’une autre.

    Dans le fond, mon article cherche à normaliser les changements constants dans notre implication du jeu. C’est NORMAL qu’on décide de ne pas être aussi impliqué qu’avant, ou qu’on devienne plus impliqué avec le temps. Et si c’est NORMAL, ben pourquoi est-ce qu’on prend le temps d’en faire un événement en soi qui suppose que c’est ANORMAL les changements dans la vie?

  4. Je ne peux pas parler pour les autres qui ont décidé de l’annoncer, mais dans mon cas, j’avais quelques raisons de le faire. Premièrement, comme je n’ai jamais aimé refuser des invitations à jouer ou à arbitrer – invitations que je me considérais très chanceux de recevoir en passant, je tenais à rendre public mon choix de quitter la scène pour éviter de recevoir des invitations à l’avenir et à revisiter ma décision à chaque fois.

    Deuxièmement, comme mentionné ci-haut, j’aime la notion de début et de fin. Arrêter sans l’annoncer, n’est pas vraiment arrêter, non ?

    Également, le tout cadrait parfaitement dans l’histoire que j’ai racontée avec mon personnage d’arbitre à la Ligue d’improvisation de Rimouski au courant de la dernière saison. C’était la conclusion satisfaisante qui collait parfaitement avec le personnage que j’avais joué.

    Finalement, je me connais. Si je ne l’annonçais pas, j’allais dire oui à un moment donné et le regretter. J’allais oublié pourquoi c’était une très bonne décision pour moi de quitter.

  5. Sauf que dans ton cas, t’es pas vraiment à la retraite si tu continues de coacher etc. Pis qu’est-ce qui est arrivé après que tu as annoncé (du moins, la dernière fois, pcq c’était pas ta première fois, right?) – le monde se sont moqué que « yeah right, on a déjà entendu celle-là ». Si le monde nous croit pas, ça vaut tu même la peine?

    Mais pour me lancer dans le débat plus général… Est-ce que c’est fini si on ne l’annonce pas publiquement? Je ne crois pas ça. D’une part, on peut l’annoncer et puis revenir sur nos pas, et tout ce que ça coûte c’est du monde qui se moquent un peu de comment on est Dominique Michel. Et on peut ne pas l’annoncer publiquement – dans mon cas, je m’en suis tenu à le dire aux organisateurs des ligues/réseaux auxquels j’était rattaché – et ça marche pareil. Par analogie, on peut décider de ne pas finir un livre sans l’annoncer sur Twitter. Il peut partir à la prochaine yard sale, ou être réouvert un jour, whatever. Comme la carrière d’impro.

    Disons que les sommets de ma carrière d’impro, c’est ça qui compte et si les gens veulent se souvenir de qqchose, que ce soit ça. C’est pas mon départ qui est important, ou que les gens devraient trouver mémorable. Ça c’est la chose qui mérite d’être oubliée, parce que c’est un winding down, un creux pas un sommet. Je ne voudrais pas la réaction à un départ publique. Ya juste trois possibilités, vraiment: 1) Non, reste!!! (difficile quand on pense avoir pris une décision). 2) Merci, bravo, chin chin! (embarassant quand, dans mon cas, j’ai jamais fait le travail pour recevoir des fleurs, ça me gène). Ou 3) Bon débarras (pis personne veut entendre ça, ni s’imaginer que ça se dit dans son dos).

    En fin du compte, si je rejète l’idée (pis vous faites ce que vous voulez, gang, je ne parle que pour moi-même, surtout que je suis visé par l’article en tant qu’un des recule-avance de l’impro), c’est que l’impro est une activité d’équipe et tant que la ligue, l’équipe et/ou le jeu continue, c’est ça qui compte. Combien ont passé par nos arènes? Des centaines. On fait partie de ce continuum et ça c’est magique, mais est-ce que ça va survivre sans n’importe lequel d’entre nous? Ben oui, l’Histoire l’a démontré. Le mieux qu’on peut faire en partant c’est de s’assurer qu’on la laisse entre bonne mais, qu’on a vu à une relève. La retraite comme événement est pour moi un geste individualiste, et c’est p-e pour ça qu’on a jamais vu des retraites de chandails/numéros dans des ligues où j’avais mon mot à dire. I don’t see the point. Oui, célébrons notre histoire à travers ceux et celles qui on laissé leur trace, mais célébrons leurs legs, pas leur départ. Départ qui est, ça aussi l’Histoire l’a démontré, habituellement temporaire.

  6. Ça dépend comment on le voit. Comme là, c’est une retraite, sauf que tu t’attends encore de coacher, donc tu devras te retirer à nouveau pcq t’es encore impliqué. Similairement, tu t’es retiré assez publiquement de la LIC l’été dernier, tout en disant que t’allais rester proche pour régler les finances du Festival. On est pas encore rendu à la retraite totale et finale, ce qui est pas mal ce qu’Elyse dit.

  7. Très bel article, Elyse. Et superbe discussion aussi. Ça fait longtemps que je ne suis pas entré dans un improvisoire, mais je ne me crois pas retiré. Je referai probablement le saut un jour… Et en ce sens, je suis un peu comme Mike: improvisateur, ça fait partie de comment je me définis.

    Mais je comprend les raisons pourquoi quelqu’un voudrait l’annoncer. On vit tous cet engagement différemment, et pour certains, passer à autre chose demande une verbalisation. Je n’y vois rien de mal. Et puis, si cette personne revient au jeu… so what??? Y’aura-t-il des moqueries s’il y a retour? BEN OUI!!! On se moque du monde pour ben moins que ça! 🙂 Mais je crois que le « retraité » sait très bien qu’en annonçant son départ, il s’ouvre à ça. Ça fait partie de la game.

  8. Ping : …On en ressort quoi de tout ça? | Improvisation NB

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