Guys, faire du stuff en français ça peut être right d’la fun !

Par Elyse Hamel

579845_439011799506623_529594016_nBon j’avoue, j’ai jamais vraiment parlé comme ça dans la vraie vie. Mais cette phrase évoque bien pour moi un des rôles les plus importants que l’improvisation joue présentement au Nouveau-Brunswick et dans d’autres communautés francophones hors-Québec.

On ne va pas se le cacher, la culture anglophone/américaine est partout. On nous répète depuis qu’on est jeunes que notre langue est menacée et qu’il faut tout faire pour la garder. Mais qu’est-ce que ça veut dire « faire quelque chose » ? Comment on fait pour « garder » une langue, ou « la vivre avec fierté » ?

L’improvisation représente pour plusieurs individus une des seules activités qu’ils pratiquent en français. Oui c’est vrai, il y a du chiac desfois. Mais même si les joueurs font une impro en chiac, ils sont néanmoins en train de faire une activité dont le cadre se déroule EN FRANÇAIS.

Ce qui rend l’improvisation aussi accessible dans ce contexte ci, c’est que la langue est un outil et non une fin. On s’amuse, on créée des personnages, on se fait des amis, on raconte des histoires… C’est pas parce qu’on veut utiliser son français qu’on joue de l’improvisation, mais dans notre province, c’est une porte d’accès à une des plus belles activités créatives au monde !

Les organisateurs, les officiels et les entraineurs ont tous leur rôle à jouer dans l’encadrement, et la promotion du français peut également se faire de façon un peu plus proactive. Sans revenir à l’époque où on punissait les joueurs pour des mots dits en anglais, on encourage quand même les DJ à choisir de la musique en français, et les arbitres de leur côté peuvent donner un certain nombre de « À la manière de » qui poussent à découvrir des éléments de la culture francophone.

334667_459889917418811_726450264_oDe toute façon, l’improvisation en soi fonctionne de façon à ce qu’on est récompensé pour avoir un vocabulaire plus étendu et une aisance avec la langue et l’expression. Mais attention, on ne demande pas à qui que ce soit d’être expert dès qu’ils commencent à jouer ! De la même façon, on n’a pas à demander à quelqu’un de maîtriser la langue à 100% pour avoir le droit de s’exprimer. Comme tout autre aspect du jeu, l’amélioration vient avec la pratique.

Ainsi, de la même manière qu’on ne devrait pas se contenter d’envoyer la personne qui chante bien en chantée, il faut également éviter de restreindre la communauté de l’improvisation à ceux qui sont déjà complètement à l’aise en français standard.

Oui le français standard est important, mais il est loin dans ma liste de priorités personnelles qui déterminent ce que je veux voir dans l’arène et au sein des discussions sur l’improvisation…

Vous voulez écrire un article? Communiquez avec Isabel Goguen à improvisationnb@gmail.com!

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4 réflexions sur “Guys, faire du stuff en français ça peut être right d’la fun !

  1. Quand j’étais au secondaire je ne pratiquais pas beaucoup d’activités qu’étaient exclusivement francophone. L’impro était probablement la seule activité qui l’était. Sa ma donner comme un boost de confiance dans ma langue. Je dirais même que sa ma donner la confiance d’aller étudier à une université francophone.

  2. Je suis d’avis que le joueur ou la joueuse d’impro doit pouvoir présenter des personnages qui ont toutes sortes de niveaux de langue. Des fois un personnage est « bucheron » ou « chiac », faut se le permettre, mais plus on a un niveau de langue élevé, plus on a d’options et plus nos personnages qui devraient avoir de bons vocabulaires sont véridiques.

    En termes d’arbitrage, un arbitre peut donner Confusion quand une impro surutilise l’anglais, sur la base que c’est un spectacle en français avec des adversaires francophones et un public francophone. Ne pas faire l’impro en français est, en fait, semer la confusion. (C’est une bonne façon de faire respecter cette contrainte sans pourtant retourner à l’absurde usage de la punition mal nommée « Anglicisme » – ce mot ne veut pas dire ce qu’ils pensent qu’il veut dire – que certaines écoles ont par le passé imposées aux comités d’impro.)

    • Oui c’est certain Michel qu’une meilleure maîtrise de la langue va élever le niveau de jeu d’un joueur de plusieurs façon, merci d’avoir pousser cet aspect de ma réflexion un peu plus loin.

      Mais je pense que le développement du fait français dans nos écoles comme dans nos impros dépend beaucoup d’une mise en confiance et de l’établissement d’un espace sécuritaire pour vivre des expérience francophones, comme Martin l’a mentionné.

      Je ne parle pas d’ignorer l’idéal à atteindre, juste de s’assurer que la porte est ouverte!

  3. À la demande d’Elyse, voici un copier-coller de la conversation qui a eu lieu à date sur Facebook par rapport à cet article :
    Mathieu Quimper dit :
    Bon article, c’est en fait la raison pour laquelle j’ai monter des programmes d’improvisation à Saint-Jean et Fredericton quand j’y enseignais.

    Ce qui m’agace toujours par contre ce sont les opportunités manquées par les entraîneurs et autres bénévoles d’utiliser le français et de s’amuser en français devant les jeunes.

    C’est difficile à réaliser pour un jeune universitaire, mais vous êtes carrément des héros pour les jeunes du secondaire. En démontrant un haut niveau de connaissance de la culture francophone (ne serait-ce que par un choix musical varié, intéressant et exclusivement francophone), les « officiels » ont la chance d’inspirer les jeunes et de changer leur vision de la langue pour toujours. Malheureusement, le désir d’être « cool » devant les jeunes l’emporte souvent sur le désir de démontrer ce que c’est, réellement, être « cool ».
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    Yves Doucet dit :
    Excellente réponse de Mathieu – quelle surprise! Belle réflexion, en effet, Elyse. Avec ce que j’ai vécu, comme joueur (au secondaire (oui, je m’en souviens…) et entraîneur, l’improvisation joue très bien ce rôle d’accueil du francophone insécure dont tu parles. Quoiqu’il soit vrai que des punitions pour anglicismes (???) aient déjà existé, cette situation me semble avoir été minoritaire. Ce que j’ai surtout connu, ce sont des jeunes qui retrouvaient souvent, en impro, un accueil presque inconditionnel.

    Côté spécifiquement linguistique, j’ai vécu des situations d’entraîneur intéressantes, à Shédiac. Les élèves qui y jouaient de l’impro réalisaient vite, une fois face aux équipes d’ailleurs en province, que leur niveau de langue et culture générale francophone avait un impact important sur leur performance sur l’improvisoire. C’était ben beau des références aux Simpsons, mais si tu ne savais pas qui était Wilfred (à l’époque, fallait vraiment ne consommer aucun média francophone pour ne pas le savoir…), tu partais ton match d’impro avec un possible handicap.

    Mais plutôt que de le vivre comme une barrière, mes élèves le voyaient comme un défi, dans le sens positif. Je me plaisais à leur assigner des devoirs (trouver le sens d’expressions, de proverbes, décrire des personnages, des artistes…) et ils s’y donnaient à coeur joie. Ce n’était toutefois pas facile, ces élèves et leur école n’existant pas dans un vacuum. Lorsque je leur recommandais, pour enrichir leur vocabulaire et leurs connaissances de la culture francophone, de regarder le Téléjournal, par exemple, ça ne leur était pas toujours possible puisque, à la maison, c’était CTV News… D’où l’importance de créer un équilibre entre « accueillir l’élève l.à où il se trouve, linguistiquement » et « guider l’élève vers un enrichissement ».

    Je serais curieux d’entendre certains de mes anciens de cette époque là-dessus: Mark, Ricky, Josée, Maxence,…
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    Josée Emilie LeBlanc dit :
    Ayant joué de l’improvisation pour l’équipe de Shediac, je dois dire que les joueurs de l’équipe cherchaient (avec l’encouragement d’Yves) à se dépasser et à se renouveller, côté culture et langue……surtout en guise de préparation aux tournois provinciaux.

    Parfois, en jouant avec des équipe d’ailleurs dans la province, il y avait de l’incompréhension des deux équipes face à la diversité des mots utilisés qu’ils soient en chiac, acadien, brayon, français normatifs, en anglais : ces ambiguités pouvaient freiner le déroulement de l’impro, Mais entamaient toutefois des discussions intéressantes et joviales hors arène qui nous faisaient réaliser combien la langue française, sous toutes ses formes est Riche et variée. De plus, ça nous poussait à vouloir utiliser un vocabulaire plus standard afin de nous faire comprendre par les autres joueurs et le public.

    Je dois préciser Combien le fait de socialiser avec les jeunes venant de partout autour de la province nous ouvrait les yeux et nous donnait le goût de nous exprimer et de nous épanouir en français.

    Comme Yves l’a si bien dit, la réalité de beaucoup d’élèves qui fréquentent LJR est que leurs parents ne s’intéressent pas à la culture francophone. C’est un défi de taille pour les enseignants! Il serait de mise de sensibiliser les parents à ce sujet, dès l’entrée scolaire au primaire et de faire le suivi régulièrement.
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    Maxence Cormier dit :
    Faut toujours être fier d’ou on vien pi ou nos racines s’enfoncent!! J’ai jamais été autant proud de mon chiac/anglicisme! J’avoue que c’était un challenge jouer avec des équipes d’ailleurs du sud-est, surtout « on the spot » dememe. Ça m’a forcé de faire un effort pi soritir de ma bubble de CTV pi The Simpsons. Mais faut j’dise qu’on est la seul province bilingue du Canada, pi faut être proud de notre percévérance Francophone dans chaque région.

    C’est une chose être fier de notre français/chiac, pi c’est un autre chose de bloquer la langue anglaise qui nous entoure presque autant (si pas plus) que le français. (Surtout au sud-est)

    Quand je passe en France, j’ai zéro honte d’expliquer c’est quoi un Acadien, pi pourquoi faut je leurs précise que ma langue maternelle est le français (Même si souvent ils/elles me croient pas pi me passe pour un anglais qui sais parler le français)

    On peux-tu pas juste être proud de notre bilinguisme pi arrêter de faire une grosse fuss sur l’art de notre mélange de langue?
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    Michel Siskoid Albert dit :
    Mathieu, je ferais attention de ne pas attribuer une motivation aux « universitaires » comme tu les nommes quand tu n’est clairement pas dans leurs têtes. Vouloir être « cool » devant les jeunes? Jamais été MA motivation, et j’ai joué tous les rôles imaginables en situation tournoi. J’ai joué de la musique en anglais, et j’ai fait jouer des à la manière de d’auteurs non-francophones.

    L’impro c’est l’impro et elle n’est PAS au service unique du développement de la langue française. Aucun mode d’expression ne l’est. Tous les intervenants sont au service du spectacle et de spectacles futurs (donc dans la formation de joueurs, officiels, etc.). Est-ce que tous les personnages ont le même niveau de langue? Non. Il faut développer le niveau de langue du joueur pour lui donner plus d’options, mais il doit pouvoir se permettre d’utiliser un niveau de langue plus faible selon les besoins du personnage et de l’histoire en cours.

    Musique? On peut mettre une liste de chansons uniquement en français et laisser un robot la jouer. Mais si on le DJ est pour être un participant actif, mettre du sien, aller chercher la chanson bien connue qui va pepper un public somnolent, ou trouver la parfaite toune qui a un lien amusant avec l’impro qui vient d’être jouée, il doit se permettre de la musique dans n’importe quelle langue (tant que ce n’est pas exclusivement en anglais).

    À la manière de? Je rejète l’insularité linguistique et culturelle. C’est une porte ouverte sur la xénophobie (voir la politique québécoise dans le moment), un protectionisme qui crée des barrières au vrai bilinguisme et à la cohabitation des deux peuples linguistiques au NB. Ce n’est pas nous contre eux. Vivre le fait français tout en niant l’anglais ne fait qu’inviter nos neighbours à riposter de la même façon (d’où les cris ignares de certains groupes anti-bilinguismes). Au prochain tournoi, nous verrons des auteurs francophones, anglophones, japonais et italiens. Les anglos ne sont pas dans la majorité, pas du tout. Mais toutes les couleurs n’existent pas en littérature/cinéma francophone, et l’à la manière de est là pour colorer le spectacle, le varier.

    Est-ce qu’on doit faire des efforts pour assurer un spectacle en français qui célèbre nos cultures francophones (je mets au pluriel parce que c’est différent dans chaque région)? Oui, toujours. Est-ce que ces efforts ne sont pas fait présentement pour être « cool » (par quoi je doit comprendre que l’anglais est foncièrement « cool », c’est ça?), je pense la remarque quelque peu gratuite.

    Moi, ce que je dis aux improvisateurs (et Yves frôle le point), c’est qu’ils doivent utiliser leur culture personnelle pour alimenter leur impro. Tu étais dans les cadets? Je veux sentir que ton impro militaire a du vraie, du vécu et est rich en détails. Tu passes beaucoup de temps dans le bois? Je veux m’y sentir. Tu est friand de tel auteur, de tel genre, de tel médium? Adapte tout ça au médium de l’impro. Et notre culture au NB doit prendre en compte l’infusion de culture américaine/anglophone, elle est incontournable. Mais qu’est-ce que cette chose « anglaise » veut dire en francophonie? Comment se traduit-elle? Comment change-t-elle dans la bouche et la tête de francophones? Et ainsi de suite. Que certains le veuillent ou non, elle fait partie de notre identité. C’est un obstacle, mais aussi une richesse. On peut tirer de DEUX cultures linguistiques, ce qui devrait rendre le paysage improvisatoire plus intéréssant, plus varié, et ainsi de suite.

    En tout cas, c’est ce que je pense.

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