20 ans plus tard: une réflexion improvisée

Par Michael Plourde

Tout récemment, je regardais une vidéo en ligne qui avait rapport avec le film « Pulp Fiction », un film dont j’ai pratiquement tout le texte en mémoire. Ce fameux film est sorti en 1994, ce qui m’a fait réagir parce que cette année-là fut particulièrement importante dans ma vie.

Le lundi 5 septembre 1994 était pour la plupart des gens une journée de congé, il faisait encore très beau dehors malgré le dernier jour non-officiel de l’été. Dans mon cas, cette journée fut le début d’une nouvelle aventure. Cette aventure s’appelait Moncton.

1557621_1400068226911444_290673648_nMe voilà déménagé au 25 rue Kingsmere, Apt. 2, avec un ami de longue date et sa petite copine. Je passe la première semaine à marcher presque partout dans la ville. Je me suis perdu quelques fois, mais j’ai toujours fini par me retrouver. J’arrivais toujours chez moi avec un grand vide. Mon entourage d’amis d’Edmundston ne sont pas ici, mes parents non plus, et je n’ai plus accès à mon auto ni à ma bicyclette. De plus j’avais pris la décision de faire rupture avec ma petite amie. Mon prêt étudiant ne me permettrait pas de faire des voyages Moncton-Edmundston à tous les weekends, ni de payer les coûts associés à des interurbains.

Revenant au but de cet article, c’est durant une de ces promenades que je rencontré un certain Eric « Boum Boum » Morneault. J’ai connu Eric au secondaire où il était sans aucun doute la vedette de notre ligue d’improvisation. Il m’encourage fortement de venir voir les parties de la ligue d’improvisation à l’université dont il faisait partie. Sans faire trop de promesses, je lui ai dit que j’allais vérifier ça.

Je dois admettre que durant ce temps l’improvisation pour moi n’était pas quelque chose que je prenais au sérieux. Un collègue de classe me disait toujours que mon sens d’humour serait parfait pour cette activité, mais mon manque de confiance à l’époque ne me permettait pas de faire le saut. Après plusieurs tentatives de me convaincre, j’ai décidé d’aller à quelque pratiques. Je me sentais intimidé et pas à ma place. De plus, je jouais pour l’équipe de handball de l’école comme gardien partant, ce qui prenait beaucoup de mon temps.  De toute façon l’école ne permettait pas un athlète de jouer plus d’un sport, un règlement qui était en force pour réduire les blessures de ceux qui faisaient partie de l’équipe de hockey (et oui, l’improvisation était considéré un sport!). En 12e année, j’étais complètement détaché de l’improvisation. Et lors de mon séjour universitaire à Edmundston, ce même collègue de classe a tenté de me recruter pour la ligue universitaire, mais encore une fois, je ne me sentais pas assez confortable.

1524583_1389158344669099_492644316_nDe retour à Moncton : après une couple de semaines insistantes de la part d’Eric, j’ai finalement accepté d’aller voir un match au Bistro Le Frolic, un tout nouveau resto-pub à l’université. Il y avait quatre équipes – les Rouges, les Verts, les Noirs et les Blancs. Cette première expérience à la Licum n’était pas, à mes souvenirs, positive. J’avoue que j’étais un peu déçu, car je croyais sincèrement que le calibre serait encore meilleur qu’au secondaire. Je n’étais pas convaincu et ai décidé de ne pas y retourner.

Trois semaines plus tard, je suis en auto avec Serge Parent, qui était le maître de cérémonie à la Licum. Il me force à venir souper au Bistro avec lui, ce qui m’oblige du même coup à demeurer pour le match.

Avant le premier match de la soirée, il semble y avoir un problème : il manque une personne pour faire juge de ligne. Eric, qui était assis avec nous durant le souper, était aussi le coordonateur de la Licum. Il prend donc l’initiative de me demander si j’aimerais bien les dépanner. J’étais ouvert à la proposition, mais j’avais besoin d’un rappel. « Majoritaire ou majorité? » était probablement une de plusieurs questions qui me passait par la tête.

Eric m’emporte dans la loge et je suis présenté à Stéphanie Phelps. Elle était, disons, intimidante avec son visage froid, mais elle a pris le temps de me donner la base. Ensuite j’ai rencontré l’arbitre en chef de la joute qui voulait plus au moins répéter les directives. Une de mes premières questions était : «Tu viens d’Edmundston toi? » Il m’a confirmé que c’était le cas, mais ne semblait pas vouloir en discuter d’avantage. Je crois que vous pouvez deviner il était. Un indice, il est grand.

Ma première participation s’est bien passée, à un point que je me suis fais dire par Michel Albert que si j’étais prêt a revenir à tous les lundis, je serais le bienvenu. Mais j’étais indécis par rapport à un engagement de ce genre, et j’étais absent la semaine suivante. Je reviens deux semaines plus tard et comme prévu je me fais demander de nouveau ; j’accepte. C’est à partir de ce moment que je me présente à tout les lundis, une faveur au coordonateur.

1533854_1389620001289600_1720695404_nEric m’invite à une fête de Licumiens chez lui qui avait lieu le samedi 3 décembre 1994 (avant la pause du temps des fêtes). Encore une fois, Serge Parent me force à venir avec lui, car je ne me sentais vraiment pas confortable à faire la fête avec des personnes que je ne connaissais presque pas, surtout considérant que je ne sortais pratiquement jamais. Ce qui n’aidait pas non plus, c’est que durant les quelques semaines que j’étais dans la Licum, personne ne me parlait.

Peu à peu, tous les membres de la Licum arrivent chez Eric, entre autres Jean-Sébastien Levesque, un gars avec une coupe de cheveux affreuse;  John Boucher avec sa copine qui était capable de faire la conversation en français, mais ne te répondait qu’en anglais ; Mireille Blanchard, avec un chum extérieur au groupe d’impro, avec qui je me change les idées en allant chercher la bouffe commandée.

Pour moi, la soirée est assez tranquille, avec peu de discussion de mon côté. Tout d’un coup, une personne vient me faire la conversation. Il me demande mon nom, d’où je viens et le tout. Ce fut une conversation amiable. Plus tard dans la soirée, cette personne quitte et fait ses adieux ; ce qu’il m’a toujours marqué de ça, c’est qu’il a même pris le temps de venir me voir et de me faire ses salutations avant de partir. En plus, il se souvenait de mon nom. Moi aussi je m’en souvenais, il se nommait Yves Doucet.

La fête se termine et il y une gang qui décide d’aller faire la fête ailleurs. J’embarque avec John et je suis heureux d’apprendre qu’il est un fanatique des Beatles comme moi. J’arrive chez moi avec deux nouvelles connaissances.

Le retour en janvier 1995 fut plus cordial. Yves et John me parlent et j’apprécie. Un jour, je me fais dire par un joueur que je ne souris jamais durant les matchs. Je prenais vraiment mon rôle au sérieux, donc c’est peut-être la raison pourquoi certains joueurs me trouvaient difficile d’approche. J’ai donc décidé d’être plus social afin de leur démontrer que je ne suis pas la personne intimidante que je semble projeter. Chaque semaine, je deviens de plus en plus confortable avec la troupe.

Nous sommes maintenant en mars et je décide d’aller à la Coupe universitaire à Sherbrooke. L’autobus emporte presque tous les membres de la Licum ainsi que l’équipe d’Edmundston, donc mon ancien collègue de classe qui tentait toujours de me recruter à l’improvisation. Pendant cette fin de semaine,  j’ai vraiment eu la chance de démontrer aux autres qui j’étais vraiment et c’est a partir de ce moment que j’ai commencé des amitiés avec le reste de la ligue.

1472817_1389157914669142_494241096_nUn mois plus tard, c’était le tournoi de la Gougoune Dorée à Edmundston. Comme que ça se passait dans ma ville natale, je me suis offert pour donner un coup de main. Durant le voyage, j’étais assis à côté de Michel Albert et j’ai été surpris de voir qu’il lisait un roman de Doc Savage. En discutant je constate que moi et Michel avions beaucoup de choses en commun. Je me suis laissé allez encore plus durant ce tournoi, car j’étais chez nous et la foule connaissait déjà mon côté humoristique. C’est à partir de ce moment que j’ai réalisé combien j’aimais l’improvisation.

Mon retour à Moncton m’a donné encore plus la confiance que je manquais au début de la saison. Ces joueurs sont devenus mes amis!

C’est grâce à ses amitiés que j’ai commencé à arbitrer des tournois. C’était une époque où il y avait presque un tournoi secondaire à tous les deux mois. Il avait même des tournois où les seuls officiels étaient moi et Michel. Mais j’aimais ça à fond.

Je suis persuadé que si ce n’était pour l’improvisation, je n’aurais jamais sorti de ma coquille. Je ne serais pas aussi confiant à faire de l’animation radiophonique et télévisée comme il est le cas maintenant. Oui, je le sais que des fois je dépasse la ligne, mais cette ligne n’aurait jamais été traversée à moi seul.

Me voici maintenant 20 ans plus tard et je regarde ma fiche : 18 participations à la Gougoune Dorée, 8 participations à la CUI et membre du Temple de la renommée de la Licum. J’ai joué, arbitré, jugé, animé, organisé et coaché à tous les niveaux au Nouveau-Brunswick. J’en suis très fier.

Mais ma plus grande fierté demeure les amitiés que l’improvisation m’a données. Je me proclame un Acadien d’adoption maintenant et j’adore ce bout de pays.

Encore une fois, merci à l’improvisation.

Vous voulez écrire un article? Communiquez avec Isabel Goguen à improvisationnb@gmail.com!

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2 réflexions sur “20 ans plus tard: une réflexion improvisée

  1. Ta mémoire pour tes dates et des détails est impressionante! Mais bon texte qui démontre comment on commence souvent en se sentant à « l’extérieur » mais nous retrouvons assez rapidement dans une « famille ». Je ne l’ai jamais caché, t’es comme un frère pour moi. On s’aime, on s’envoie chier, c’est toute pareil à la fin de la journée.

  2. Sans l’impro ma vie serait probablement très différente et probablement un peu plus plate. La majorité de mes meilleurs amis viennent de connections faite en impro. Enlever sa gêne pour jouer de l’impro est important, mais en dehors du jeu c’est important aussi. C’est bien plus le fun de jouer un match avec des amis. C’est aussi pourquoi je trouve sa un peu plate voir des nouveau recrue d’une ligue qui sont gêner, faite des amis dans votre ligue, hanger out ensemble après le match. Heck, faudrait peu être bien plus hanger out avec la foule après un match.

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