Accessoiriser nos impros 3 : La musicale

Par Michel M. Albert

Maître Martin Savoie ayant déjà touché la Musicale du point de vue des joueurs, je me dois de donner l’envers de la médaille. Car pour l’arbitre, il s’agit là d’un véritable art.

1476321_552440548163747_31150611_nOui, tout le monde semble aimer la Musicale. Le public est toujours enthousiasmé, par la musique sinon le jeu, et les joueurs semblent aimer ça aussi si on se fie au nombre d’improvisateurs qui sautent dans l’arène au courant de la chanson choisie. Et c’est un peu pourquoi on la place souvent en fin de match ou de période; on dirait que ça fini toujours le jeu sur une haute note.

Mais pour l’arbitre, cela peut s’avérer une sorte de cauchemar.

La préparation de l’impro est plus compliquée, et l’élément technique n’est pas à négliger (astuce : remettre son clip musical aux responsables de la musique bien avant le match, le faire tester et ne jamais se fier à YouTube au cas où la connexion Internet lâcherait). Vu la préparation additionnelle, et le fait qu’aucune musique ne peut être répétée aussi bonne soit elle, il devient donc particulièrement agaçant que les joueurs manquent leur coup, rendent mal le thème/la catégorie, et/ou sèment une confusion difficile à punir sans attirer la rengaine du public. L’arbitre voit l’insuccès d’une impro Musicale comme un gaspillage de ses efforts, et conséquemment, a moins hâte de répéter l’expérience. Je doute d’ailleurs que la catégorie survient aussi souvent qu’elle ne le devrait (c’est-à-dire aussi souvent que toutes les autres catégories).

Un des problèmes est que la sous-utilisation de la catégorie entraîne un sérieux manque de variété. Si trop d’impros musicales deviennent des scènes de combat ou de danse, c’est que la musique tend vers l’épique ou le romantique. L’arbitre, confiant de savoir ce qui « marche le mieux », cherchera toujours la même chose – des musiques, souvent de trames sonores de films, avec des rythmes moteurs, des changements de tons et une fin spectaculaire. C’est une bonne formule, effectivement, une formule qui crée des revirements dans l’histoire, etc. Cependant, cela crée aussi des attentes chez les joueurs qui ont de la difficulté à composer avec une musique qui ne correspond pas à la formule. La musique sans changements de ton, par exemple, n’est pas nécessairement une mauvaise idée, mais des joueurs qui attendent le changement de ton et s’enlisent dans un statisme, ou forcent le changement à arriver à contre-courant de la musique. On entendra que c’était, effectivement, une « mauvaise toune ».

Et difficile de dire le contraire quand c’est la seule Musicale que l’on jouera du tournoi, du mois, voire même du semestre. Mais inscrite dans une diète musicale plus fréquente, la Musicale sur un même ton devient beaucoup plus acceptable, c’est un différent défi, parmi plusieurs, c’est tout.

J’ai récemment retrouvé une vieille cassette (une vraie antiquité) préparée dans les jours avant la musique facilement trouvée sur Internet et contenant l’équivalent d’une Musicale par semaine pour une pleine saison de la Licum. Utiliser la Musicale aussi souvent (à tous les deux matchs, parce qu’on jouait deux matchs par semaine) requiert beaucoup de variété. Voici donc les leçons et les trucs qui me sont remémorés par l’écoute de ce document d’archive :

1468807_552443924830076_1893822656_nPremièrement, si vous allez expérimenter avec différents tons et les variantes mentionnées ci-dessous, il est important de préparer vos joueurs. Ensuite, il est clair que faire des Musicales souvent invite à une recherche musicale plus poussé dans différents styles. Votre « barillet » devrait donc toucher au classique, au western, au jazz, au New Age, à l’électro, à l’ambiant, au funk, au Big Band, au rock, au traditionnel d’un pays, au métal, au dubstep, et ainsi de suite. En ne faisant que ce simple exercice, on trouvera déjà beaucoup de nouvelles couleurs d’improvisation. Mais allons plus loin…

Le champ sonore : La musique force une ambiance, mais pas nécessairement des mouvements. On considérera même garder le volume relativement bas pour que les joueurs puissent parler pendant l’improvisation. Exemple : Une musique de méditation avec des bruits de pluie.

La semi-bruitée : Soit crée au montage (de plus en plus possible avec les logiciels disponibles aux arbitres) ou parce qu’elle fait déjà partie de la chanson, cette improvisation contient, au début, à la fin, ou au milieu possiblement pour créer un revirement, un élément de son qui n’est pas musical. Exemple : Ma cassette contient une longue musique qui fini avec un accident d’auto violent, puis des chants angéliques. Sachant cela, l’arbitre doit évidemment imposer une ou des autos dans le thème.

Les vignettes : Vous jouerai ici plusieurs courtes musiques séparées d’un silence, et les joueurs devront jouer plusieurs impros sur un même thème, une par chanson. Le thème devra s’intituler quelque chose comme « 4 vignettes sur le thème des chevaux » ou quelque chose dans le genre, et comme des claques ou une fusillade, plusieurs impros sur le thème se déroulent dans le temps donné.

Intermittente : Au lieu de faire jouer de la musique tout le long de l’impro, elle est intermittente, laissant des espaces silencieux dans lesquels les joueurs peuvent parler. La musique pourra donc être au début et à la fin, comme des parenthèses, ou survenir pendant pour imposer une transition ou montage d’entrainement, de façon cinématique.

Karaoke : Peut-être distinguée dans la catégorie comme « musicale à la manière d’un karaoke », la chanson ici en sera une bien connue, mais sans les mots, et soit sera jouée à un niveau assez faible pour qu’on puisse entendre les joueurs chanter, ou soit, mieux encore, rendra un microphone accessible. Voici une bonne façon de jouer la Musicale en comparée, donnant un choix de chansons différentes à la mise au jeu.

Le mini impro-théâtre musical : Une intéressante utilisation de trames sonores de films, l’arbitre annoncera qu’une pleine période (4 improvisations) constituera un mini impro-théâtre musical, donc quatre improvisations séparées mais qui se suivent et racontent une histoire complète dans le style musical. En prenant la majorité sinon toutes les chansons de la même trame sonore, la période entière aura des motifs qui reviennent et qui donnent le sentiment de faire partie du même tout. Important de tout de même utiliser différents tons (plus ou moins d’action, rapide et lente, tension et détente, et ainsi de suite).

Variantes pour les organisateurs de ligues et tournois
On présume, tout au long de cet article, que nous avons accès à un.e DJ et que la musique est jouée par l’entremise d’un ordinateur. Ce n’est pas la seule formule, seulement la plus simple logistiquement. Dans la version classique (LNI) du jeu, un.e organiste d’aréna jouait la musique, par exemple. Certains tournois et événements spéciaux (dont des CUI et des Gougounes) ont fait usage de groupes musicaux pour créer une ambiance. Dans de tels cas, on peut laisser aux musiciens plein contrôle d’une ou plusieurs Musicales, ne leur imposant vraiment que la durée. Il est important cependant de bien sensibiliser les musiciens pour qu’ils jouent leur morceau et ne se laissent pas affecter par l’impro en cours. Le défi doit rester aux joueurs; ce n’est pas au groupe ou à l’organiste de s’adapter au jeu.

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