Accessoiriser nos impros: Partie 1

Par Michel M. Albert

L’improvisation avec accessoire, si incomprise, si difficile quand elle semble si facile. En tant qu’autoproclamé maître de la catégorie, j’ai cru bon de mettre conseils et astuces sur papier (euh… écran) pour les générations d’improvisateurs présents et futurs.

Premièrement, comprenons de quoi on parle
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Avant de se lancer dans le comment, définissons la catégorie selon les règlements de l’impro-match.

Pour la durée de l’impro, les joueurs ont accès à un accessoire. Parfois, ce sera plusieurs accessoires identiques (par exemple, deux raquettes de tennis, ou cinq ballons). Les improvisateurs doivent utiliser l’accessoire tout le long, mais plus que ça, TRANSFORMER l’accessoire tout le long, lui donnant toutes sortes de fonctions et rôles au courant de l’improvisation. Il ne peut, en aucun temps, être « lui-même » (ex. : la raquette ne peut servir de raquette). Attention, en mixte, l’arbitre surveillera aussi les joueurs pour qu’ils partagent l’accessoire. Il est coutume d’en faire une seule utilisation avant de le passer au joueur adverse. Il est évidemment défendu de briser l’accessoire (qui appartient probablement à l’arbitre, ou pire encore, propre à la salle de jeu), mais un accessoire en plusieurs morceaux (ex. : un tube avec trois balles de tennis dedans) peut être désassemblé au courant de l’impro pour donner au joueur de nouvelles options.

Bon, maintenant qu’on comprend, qu’est-ce qu’on fait pour bien la jouer?
C’est dans le fond assez simple. Il suffit de regarder l’objet et de bien saisir sa forme. Une bonne façon de foirer la catégorie est de faire de chaque accessoire un soleil, une montre, un téléphone, etc. peu importe sa forme de base. Une chaise, par exemple, n’a portant rien en commun avec une montre! Quand on utilise un accessoire à toutes les sauces, on fait décrocher le public de la réalité qu’on essaie de créer, et de plus, ça rend les impros avec accessoires répétitives et plates.

Donc première étape (en commençant dans le caucus), déterminer quelles sont les propriétés de l’objet. Sa forme, sa couleur peut-être, sa texture, toute autre propriété. Et ensuite, associer ces propriétés à D’AUTRES objets qui les ont aussi. Par exemple, la raquette (pour continuer à utiliser les mêmes exemples) à la forme d’un suçon, d’une bonhomme allumette, d’une cuillère, d’un têtard. Elle a une grille quadrillée, ce qui évoque une gaufreuse, un masque d’escrime, les cheveux d’Archie. Si l’arbitre en a donner deux, il faut aussi penser à les combiner pour créer une autre forme – des armoiries, des antennes, une pagaie de canot, un satellite de télécommunications.

Bref, il faut faire VOIR l’objet représenté au public, leur donner le plaisir d’une réalisation soudaine, pas parce qu’on a étiqueté l’objet en le nommant (ce serait tricher et c’est ennuyeux), mais parce qu’il est évident. Voilà l’importance de représenter des objets qui sont comme l’accessoire. Ce dernier fait une bonne partie du travail pour vous.

Deux sortes d’impros
DSC_0709Il y a vraiment deux approches narratifs acceptables quand on parle de l’avec accessoire. Il y a bien sûr l’histoire construite comme dans n’importe quelle impro. Ici, une difficulté de plus. Non seulement devez vous voir les objets qui se « cachent » dans l’accessoire, mais vous devez essayer de les trier pour qu’ils apparaissent à des moments propices dans l’histoire que vous écrivez.

L’autre approche est la collection de vignettes où l’exercice est de montrer le plus d’utilisations de l’accessoire possible dans des mini-impros de quelques secondes. Cela peut sembler plus facile, mais demande une rythme plus rapide. Nécessairement, cette méthode produira plus d’utilisations que la précédente dans la même durée, et le danger est de manquer de jus avant la fin. Évidemment, le thème doit appuyer la méthode, c’est pourquoi il y a une tradition qui remonte à la Ligue Nationale d’Improvisation (LNI) de titrer à peu près la moitié des impros avec accessoires comme suit : « Improvisation avec [une raquette] ». L’absence de vrai thème permet la vignette, mais n’empêche pas l’improvisation avec une histoire cohérente.

Comment on pratique la catégorie
Un des problèmes avec la catégorie est que les formateurs et entraineurs ne la font pas pratiquer. D’une part, parce qu’ils s’imaginent que ça ne vaut rien de pratiquer avec un accessoire particulier quand on en tirera un différent au match. D’une autre, les formateurs jugent difficile de se présenter à un atelier avec des accessoires (on doit les trouver, les transporter, etc.) Enfin, la catégorie n’est tout simplement pas aussi fréquente que la chantée, la sans paroles ou la dramatique, donc pour les fois qu’elle survient, ça ne vaut peut-être pas la peine.

C’est un peu un cercle vicieux. Les arbitres qui DOIVENT faire un tel effort pour inclure la catégorie se voient souvent déçus par la catégorie mal rendue, ou dans les pires cas, la destruction de l’objet(!). Conséquemment, moins d’effort est mis dans la trouvaille d’accessoires. Restaurons l’équilibre si on le peut, en commençant par des ateliers très simples qui ne nécessitent aucun équipement. Le formateur NOMME un accessoire possible, les joueurs listent premièrement les propriétés distinctes de l’accessoire, puis lancent des idées d’objets qui partagent ces propriétés. Pour travailler l’utilisation et le partage de l’accessoire dans des histoires cohérentes, un accessoire retrouvé dans la salle où l’atelier est donné fera l’affaire – une poubelle, une chaise, une paire de souliers, etc.

Toutes les impros sont « avec accessoire »
N’oubliez pas, même dans la libre (ou les autres catégories, tant qu’à ça), les joueurs ont droit à deux accessoires : leur chandail d’impro et les bandes. (La LNI plaçait aussi un gros cube ou deux dans l’arène pendant certaines impros – ça semblait assez aléatoire – pour monter dessus ou même bouger; peut-être une expérience intéressante si vous avez l’équipement nécessaire.) Ces deux items sont des accessoires en tout temps, sauf qu’ils peuvent effectivement être « eux-mêmes ». Des joueurs inventifs sauront comment utiliser (mais pas SUR-utiliser) ceux-ci à leur avantage et de la même façon qu’on traite les accessoires « invités », en les transformant en objets nouveaux et surtout déjà évoqués par leur propriétés intrinsèques.

Dans la deuxième partie : Nous verrons l’espace comme accessoire. Oui, comment réussir la maudite Sans limites, ni frontières!

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3 réflexions sur “Accessoiriser nos impros: Partie 1

  1. Du coté ref, pour toi Michel, l’avec accessoire devrais-tu être placé plus souvent dans une improvisation mixte ou dans une improvisation comparer? Le problème avec une accessoire en mixte c’est la petite bataille entre joueur pour utiliser l’accessoire le plus souvent. En comparer c’es-tu un avantage de pouvoir jouer avec l’objet en premier ? Pour les comparer, doit-on avoir DEUX accessoir different par équipe!?

    Ce sont les questions qui me hante.

  2. Moi j’aime mix’n’matcher. Donc une fois comparée, une fois mixte, etc. pour varier le défi. Au niveau spectacle, les deux ont des problèmes. En mixte, oui, le partage de l’accessoire peut devenir difficile, alors qu’en comparée, la 2e équipe devra se battre pour pas etre redondante. Comme joueur, si je passe premier, je devrais faire le plus d’utilisations possible pour voler le punch à la deuxième. Si je passe 2e, j’ai plus de temps à penser à des utilisations intéressantes et devrait plus que jamais me concentrer sur une histoire cohérente qui utilise l’accessoire (un de mes succès les plus mémorables était de raconter la Guerre de Troie avec un tube et 3 balles de tennis, en comparée tuseul et probablement 2e).

    Il faut éviter de donner deux accessoires différents en comparée, pour que le défi soit le même. C’est pareil pour la musicale. On veut que le public juge les équipes sur la base du meme défi, et pas sur la qualité de l’accessoire ou de la toune.

  3. Ping : Accessoiriser nos impros 2 : Sans limites ni frontières |

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