Pourquoi je ne crois pas dans le caucus

Par Michel M. Albert

Oui, oui, un caucus a une utilité, surtout en comparée où un consensus sur la prémisse de l’impro est nécessaire à sa cohérence et au travail d’équipe. Mais dans trop de cas, les joueurs donnent beaucoup trop de pouvoir et d’importance à ces minces 20 secondes de remue-méninges. Beaucoup, beaucoup trop.

921148_459821174092352_1113219715_oVous les avez vues, ces impros, celles qui se rendent vite au but et s’épuisent presque aussitôt. On fait l’idée du caucus, et ça s’arrête là. Il reste du temps, mais on patine pour le reste parce que les idées du caucus ont toutes été faites ou ne sont plus pertinentes. Ça, c’est de l’impro esclave du caucus, de l’impro où les joueurs n’improvisent pas vraiment – ils ne font que performer l’idée discutée au préalable par le groupe ou l’entraîneur (je ne crois pas dans l’entraîneur non plus, mais c’est un débat pour une autre fois).

Voici la mécanique narrative que je privilégie à la place.

La lecture du thème est normalement le déclencheur du caucus. On fait un caucus inspiré du thème lancé par l’arbitre. L’impro commence avec une amorce inspirée, elle, du caucus. Jusque là, vous vous reconnaissez. C’est l’habituelle façon de comprendre une improvisation.

Ce qui se passe souvent ensuite : Les joueurs continuent l’impro en se basant sur le caucus, cherchant un milieu et une fin également inspiré du caucus. Des fois ça marche très bien, d’autres fois, on s’enlise dans le statisme.

Ce qui devrait se passer : L’amorce devrait inspirer le prochain moment, et ce moment, inspirer le prochain, et ainsi de suite jusqu’à ce que l’arbitre siffle la fin de l’impro. Ainsi, la « lecture du thème » se poursuit tout le long de l’impro et l’évolution de cette dernière est organique. Illustrons cette idée en schéma pour la rendre plus claire où chaque symbole « -> » représente une lecture de thème qui inspire le prochain élément :

Thème -> Caucus -> 1er moment de l’impro -> 2e moment -> 3e moment -> etc. -> fin de l’impro.

Ou encore, Thème -> Caucus -> ce que je dis dans l’impro -> ce que le 2e joueur dit -> ma réponse -> sa réplique -> et ainsi de suite.

Tout comme le thème original inspire le caucus et que le caucus inspire l’idée première, chaque réplique (verbale ou physique) d’un joueur doit créer le même exercice mental chez les participants. Si le thème était « Femme fatale » et que le caucus m’envoie faire une histoire de détective privé en film noir, cette prémisse est le nouveau thème (plus complet, mais qui inclus encore l’idée de la femme fatale qui doit être rencontrée dans l’impro). Cette prémisse m’inspire de commencer avec un personnage qui fume à un bureau, le détective. C’est le nouveau thème. La joueuse adverse utilise ce thème (fumeur/détective dans son bureau, tout en se rappelant qu’une femme fatale doit faire partie de l’histoire) pour lui inspirer de jouer la femme éponyme, et de cogner à la porte avec une voix sensuelle. C’est le nouveau thème. Cela me dit que la femme en question est une sexy étrangère (sinon elle n’aurait pas cogné) et ça m’inspire du dialogue « Entrez à vos propres risques, c’est le lendemain de veille. » C’est le nouveau thème…

Chaque intervention est donc construite sur celle d’avant et ajoute un détail à l’histoire, l’atmosphère ou les personnages de l’impro. On ne peut pas manquer de jus, parce qu’on a constamment un nouveau thème avec lequel travailler, qu’il vient de soi ou des autres. Le truc, c’est aussi de se souvenir de chaque thème que l’on a eu depuis le début, et c’est cet ensemble de thèmes qui résulte en une impro qui respecte le thème et démontre l’écoute des joueurs. Les éléments du caucus qui, je vous le rappelle, ne font PAS partie de l’impro (c’est la une chose qui n’est pas livrée au public) peuvent venir alimenter l’impro (il est dans votre mémoire), mais on a pas à y retourner continuellement pour notre inspiration. L’inspiration est là, dans l’impro en cours avec vous.

« On avait pas de caucus » n’est plus une excuse…

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4 réflexions sur “Pourquoi je ne crois pas dans le caucus

  1. Je peux vivre avec le point de  »pas de caucus » et je suis d’accord que souvent c’est une excuse, voir un blocage (les joueurs pensent que pas de caucus ou qu’un mauvais caucus = impro qui ne sera pas bonne). Toutefois, pour ce qui est de l’entraineur, comme j’en suis un, je trouve qu’il a une grande utilité et qu’une équipe sans entraineur (ou capitaine-entraineur comme dans la LICUM par exemple (en tout cas, c’est le rôle que je me donnais) est, de loin, moins intéressante à voir jouer, et ce, pour plusieurs raisons (que j’évoquerai après ton prochain article ?! haha)

  2. Ping : Motiver une impro : Poser des questions | Improvisation NB

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